Méthode CORAIL pour trouver un emploi

dimanche 8 décembre 2019

9 - En été, une activité qui fait rêver

   Des opportunités de voyage et d’évasion surtout l’été, lorsque le pays déborde d’affaires de toutes sortes et notamment touristiques. Une activité qui fait rêver au Maroc, presque dans toutes les contrées, toutes les villes, tous les douars et mêmes les lieux isolés et éloignés, mais que l’on connaît passagère –hélas ! - car soutenue essentiellement par nos concitoyens travailleurs à l’étranger qui viennent revoir leurs familles sur place et passer les vacances au bord des plages, à la montagne ou à la campagne. Et comme pratiquement chaque famille compte au moins un parent résident à l’étranger, alors on en profite pour faire des détours vers des endroits qu’on ne visiterait jamais autrement.
    Le Maroc en saison estival reflète un autre visage. Maints touristes se laissent bernés par une image d’un pays qui semble très actif et animé, tellement cela bouge dans tous les sens. A voir le nombre de voitures en circulation à cette époque de l’année, on se croirait dans un pays industrialisé et où les gens pourraient se permettre de s’offrir ce luxe, à moins que les plaques d’immatriculation étrangères de toute part d’Europe, ne les trahissent.
      Pendant la belle saison donc, on ne parle pas chômage.
      On oublie ?
      Le temps d’une pause ?
      Rien n’est moins sûr. On change tout simplement de langage.
    Ainsi, chercher un travail en été se traduirait par multiplier les contacts pour trouver un moyen de « déguerpir ! ». Quitter le bled pour l’autre rive. Celle du nord, de la richesse, que dis-je ? de la démocratie et de la justice, du moins sociale. Un moyen illégal, je m’entends car tout le monde sait que toute demande de visa est déclinée, les autorités des ambassades sont au parfum des réalités manifestement pitoyables de nos jeunes sans emploi qui trichent désespérément sur les documents. Par ailleurs, il serait tout aussi naïf de croire que les modalités d’octroi des visas par les pays européens à nos demandeurs, sont aussi claires et équitables qu’ils le prétendent. Une sélectivité de choix qui laisse perplexe plus d’un. C’est que dans la majorité des cas, on se voit attribuer un visa, et donc un moyen légal pour entrer en France notamment, quand on vient de la campagne et qu’on a un faible niveau d’instruction. Et inversement, on se le voit refuser pour nos jeunes ayant des diplômes, des jeunes instruits. La politique de ces pays étant souveraine, ils ont le droit d’accepter qui ils veulent sur leurs territoires, n’est-ce pas à nous-mêmes que nous devrions reprocher notre malaise ?
     Pour la petite histoire, je me rappelle très bien une nuit que je devais passer faisant la queue devant l’ambassade de France à Rabat, non pour moi sinon pour mes parents qui avaient envie d’aller voir comment c’était cette terre bénie qui abrite leur fils aîné qui leur avaient envoyé une invitation et les documents nécessaires pour ce faire. Arrivé un jour avant le rendez-vous à la capitale, j’avais pensé simplifier la tâche pour mes vieux qui auraient été incapables de vivre des moments pareils en restant debout toute une nuit. Car le voyage à Rabat s’imposait la veille de la date fatidique, si l’on tient compte de ladite situation connue de tout le monde. Quelle était ma surprise quand j’ai découvert à quelle point on pourrait vivre rien qu’à côté d’« une » démocratie sans y être réellement! Rien qu’à la proximité et vous pouvez monter votre négoce. Des jeunes hommes, plutôt désœuvrées, vivant dans les cités des environs et ayant vu l’engouement des visiteurs qui devaient venir de très loin, ont eu l’idée de se mettre aux premiers rangs dès l’après-midi pour pouvoir vendre par la suite leurs places le matin du jour suivant. Ainsi le commerce allait fleurir à tel point qu’une mafia on dirait s’est emparé du business. Une fois arrivé sur les lieux la veille donc, l’on m’envoya un indic. 
      -       « Les premières dix places sont prises, côté hommes et côté femme ! » que m’avait dit le type, l’air un peu gentil, « .. et si vous voulez réservez, il suffit de voir avec les propriétaires, les gars là-bas ! » avait-il continué dans sa proposition.
   -       « Ok. Sinon je suis à la 11ème position, ça va de soi ! n’est-ce pas ? Alors ne t’en fais pas je passe la nuit ici » avais-je répondu pour tester le retour et en donnant l’air de quelqu’un sur qui on pourrait se tromper, l'ai de quelqu'un qu’on ne connaîtrait pas a priori !
Qui sait ? J'aurais pu être un flic, vue ma manière de répondre et mon supposé défi.
      Une place valait l’équivalent de cinquante euros ! Ils n’étaient pas bêtes, les petits mafieux (sans parler des grands, et je fais allusion à ceux qui sont chargés normalement de l’ordre publique dans des situation du genre, mais qui préfèrent devenir complices !).
Des candidats aux visas, subventionnés par leurs familles d’immigrés qui les accompagnent à la capitale dans le but de gagner du temps et de faire rapidement la besogne, ont de quoi payer, en plus ils gagneraient énormément de temps. Bref, il y avait du pain sur la planche. Mais dans un scénario de détresse et de désespérance et dont le décor manque d’ordre, on se piétine les uns les autres, on se bouscule et on s’insulte. Ainsi je devais être témoin d’une nuit mouvementée de ma vie de « chômeur », « chômeur de ma démocratie », où des « employés de nuits » sortent leurs armes de cris mêlés aux odeurs d’un grisant vin rouge, d’alcool ou que sais-je peut-être les conséquences d’un effet de drogue qui les mettrait hors d’eux afin de pouvoir se libérer des insultes les plus grossières, simulant des rixes et des poursuites, arme blanche à la main, pour faire fuir les pauvres gens qui passaient la nuit en compagnie de leurs familles faisant la queue.
Cette mascarade, pour la France, pays démocratique, qui laisse faire de pareilles manigances aux alentours de son ambassade, allait continuer s’il n’y avait pas eu ces documentaires sur des chaînes de télévision qui montraient la honte de la République, réalisés par leurs propres journalistes.
  Reste à décrire la fin de la scène le lendemain matin, complètement transformée, passé l’heure d’ouverture de l’ambassade et ceux qui devaient entrer le firent. Lorsque les anciennes listes se mettent à jour et lorsqu’on se demande si, les gars qu’on voit à ce moment-là, bien « fringués », sandales, bermuda et tee-shirt dernier cri, sont bien les mêmes qu’on avait vus la soirée d’avant. Leur apparence et comportement plus civilisés cette fois, favorisaient le partage de quelques mots avec eux sans histoire et même, histoire de me faire ingurgiter un peu de mon amour propre perdu la veille ; à un qui n’était pas loin, je lui ai fait savoir qu’ 
-       « Enfin les gars n’avaient pas démérité ! En définitive, ils avaient bien passé la nuit comme nous autres !  .. sans dormir !»
Au fait, la nuit arrivée, ils se mettent dans leur tenu de « travail » tout simplement.
     Viendrait-il un jour, où nous verrons, nous aussi, à côté de nos ambassades à l’étranger, des queues interminables de personnes, hommes femmes, jeunes et moins jeunes, parents et enfants, qui viendraient demander un refuge économique enjolivé par une demande banale de visa, dans notre pays qui, aurait été tellement juste envers ses « citoyens » et qui aurait déjà appris à exercer une réelle démocratie égalitaire car fondée sur des lois respectables et auxquels tout le monde se soumet sans dérogation aucune ?

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