Révélations : Comment je gagne 583 Euros par jour

mardi 17 novembre 2020

17 – Chômage ou autre.. mettre le doigt là où le bât blesse.

  Seulement moi, je ne réussissais pas comme les autres !   

  Était-ce une fatalité ? 

 Ou tout simplement et mystérieusement j’étais disposé plutôt à choisir un autre chemin ?  

  En tout cas, on aurait dit :

  « Une conviction inconsciente d’un refus constant, déguisé et non déclaré de l’individu face à des situations auxquelles il aspire, mais n’y arrive pas car les repousse malgré lui. »

  Comme je l’imagine, des termes qu’utiliserait un psychanalyste chargé  d’enquêter dans les rares cas comme le mien !

Qu’elle soit considérée comme scientifique ou pas, cette vue psychanalytique n’aurait pas tort à première vue. Car en résumé, ce qu’on pense vouloir éviter ou ce dont on désire se débarrasser dans sa vie est très lié (en secret) à une disposition morale qu’on a vis-à-vis de ce qui nous perturbe (en apparence !). Ce qui reviendrait à dire que le fait de considérer la corruption comme un mal de société (jugement moral !) n’aiderait en rien à en user pour arriver à ses fins, au contraire cela crée des conflits internes dont on n’est pas conscient.

Par ailleurs, on adopte par habitude toujours les mêmes manières pour aborder les différentes situations rencontrées dans la vie. On ne se préoccupe des conséquences qu’à partir du moment où il y a malaise, quand un problème surgit. Et généralement c’est un mal de santé si ce n’est de comportement. Car si nous pouvons nous cacher des choses sans les montrer parce que nous tenons les rênes de notre mental et de nos décisions (grâce à notre esprit conscient), notre comportement (ou notre corps physique), lui, ne sait pas le cacher pour longtemps (à cause de notre esprit inconscient). Et pour le dire, notre corps a sa manière de l’exprimer. En envoyant des signaux (troubles physiques par exemple ou maladies) ou par des agissements et réactions inappropriées mais qui correspondent exactement à l’essence de notre être.

  Mais de l’autre côté, ne faut-il pas avouer qu’à force de vivre de mauvaises expériences malgré soi, on finit par intégrer inconsciemment le problème dans notre essence d’être ? De même, les conséquences d’un bon résultat et de la solution tant espérée d’un problème quelconque n’influencera pas indiscutablement notre manière de voir les choses d’un point positif ?  Mais on ne se rend pas compte dans ce dernier cas parce que c’est tellement é-vi-dent !

 Il faudrait donc tenir compte d’autres aspects non psychologiques, extérieurs mais d’influence non négligeable sur notre vie d’une façon directe et/ou indirecte lors d’une étude optimale des causes d’un problème personnel ou social qu’il soit en rapport avec la santé, le comportement, ou la disposition à la réussite et au succès, etc. Résultat d’expériences humaines ou de recherches scientifiques en somme.

Personnellement ma connaissance progressive de ces phénomènes m’a permis de comprendre que, d'un côté, si le comportement de l’Homme est le résultat d’une interaction extraordinairement dosée (selon le degré de la conscience de chacun) entre son patrimoine inné (héritage génétique, subconscient collectif (Jung), etc..), et son savoir acquis (éducation, apprentissage, etc.), alors l’influence extérieure de son environnement proche et lointain, vient le façonner. Et de l'autre, pour simplifier je dirais que l’Homme, par l’utilisation abusive de son esprit rationnel perturbe la circulation harmonieuse de l’énergie universelle dans laquelle il baigne. Pour garder cette harmonie, il devrait rester lucide en cessant de mépriser le côté primitif (irrationnel) de son esprit qui lui, tend toujours à le gouverner.

   Une idée. Une coïncidence. Un " flash ", bref comme l’éclaire, et pourtant, selon la manière que l’on s’interagit avec ce moment, on peut saisir l’occasion ou tout simplement passer à côté ! Qui de nous n’a jamais dit un jour à ses amis :" j’ai raté cette occasion là et je me rends compte maintenant que c’était l’occasion de ma vie ! " Mais nous cherchons à nous consoler, et nous trouvons des excuses en évoquant les circonstances défavorables de ce moment-là. Nous avons tort. Nous ne spéculons que sur ce que nous savons et nous connaissons. Or nous sommes régis aussi dans notre vie par ce que nous ne savons pas : ce que nous ignorons. Si donc nous sommes conscients de tout ceci, alors où est le salut ?
Comment échapper à ces mauvais tours que nous jouent nos supposés malchances, nos histoires ratées et nos vies difficiles ? Si la chance, nous sommes tous " sensés " l’avoir d’une manière équitable et qu’il faut juste être disponible pour la saisir quand elle se présente, alors c’est l’injustice dans la répartition des opportunités qui fait défaut. Force est de constater la mainmise de tout un pouvoir tentaculaire qui manipule la société. Un système de gestion de l’État qui tient les rênes d’un engrenage très rodé en l’occurrence par une composante religieuse bien enracinée dans les esprits et qui pompe sa légitimité dans des considérations historiques et archaïques volontairement ancrés dans la conscience collective. Tous les maux sociaux sont inévitablement liés à d’autres types de problèmes et, en tirant les ficelles on remonterait à la source.

   Il faudrait mettre le doigt là où le bât blesse. Sans tourner autour du pot.

  Et voilà qu’en cherchant à résoudre mon problème de chômeur de ma vie, je découvre que je viens de trouver en fait la solution à tous les problèmes de ma société. L’histoire humaine est pleine d’exemple : Einstein, se rendait bien compte qu’il venait de découvrir la loi universelle de la relativité qui régit tout notre univers alors qu’il pensait au début trouver seulement une simplification ingénieuse pour faire avancer l’équation mathématique restée bloquée jusque-là !

  Reste à préciser enfin que, vaincre un problème qui nous gâche notre vie, veut dire que quelque chose va changer même en bien et en meilleur en nous. Et il serait judicieux de se poser la question suivante : "est ce que nous acceptons un changement dans notre vie ?" C’est évident diriez-vous. Puisque le problème en question aura disparu. Or ce n’est pas aussi évident que cela ! Comment savoir que nous allons accepter ce changement (même s’il est favorable) étant donné que nous vivrons dans de nouvelles conditions tout à fait différentes de celles qui étaient liées au problème ? Pour bien me faire comprendre, une illustration est nécessaire : « Imaginez qu’on vous invite à une soirée mais qui sort un peu de votre vie ordinaire et milieu de vie. Seulement vous voulez y allez, vous êtes motivé, un ami qui s’y connaît dans ce milieu serait là avec vous. Vous savez que vous allez assister à quelque chose qui est nouveau pour vous et vous pensez vous mettre à l’aise comme si vous en aviez déjà l’habitude ! vous vous efforcez d’être comme tout le monde ! Seulement voilà : lorsque vous y êtes, vous constatez étrangement, que quelque chose ne va pas. Vous feignez être comme tout le monde et très à l’aise et pourtant vous vous trahissez : vous tremblez, vous rougissez, ou montrez toute autre manifestation semblable, de peur de se trouver ridicule devant les autres »

Voilà un exemple de changement auquel on n’est pas vraiment préparé. 

D’où le travail colossal et imminent qui nous attend, sur l’inconscient collectif pour accepter déjà le changement dans notre pays. Notre société a subi des matraquages politico-religieux directs et indirects durant des décennies par des idées et concepts le prédisposant à la soumission et à la fatalité de l'acceptation de sa condition à tel point qu'au moment d'écrire ces lignes, le Maroc se trouve sur des  rangs non enviables parmi les pays les moins nantis, non pas au niveau des ressources naturelles ou humaines (au contraire!) mais plutôt au niveau du développement humain au sens le plus large du terme (les statistiques disponibles sur Internet en disent long!)

Et bien sûr, dans le cas où nous nous apercevrions que malgré la nouvelle ère de liberté et de droits auxquels le monde aspire de vivre globalement en ce début du XXIème siècle,  rien ne change pour nous, disons-nous bien que le responsable ce ne peut être que nous ! c’est évident !

Travailler dans les bateaux de croisière

lundi 16 novembre 2020

16 - Une expérience évocatrice avec l'OFPPT (les années 90)

  La plus marquante de mes expériences avec les pages de ce qu’on appelle communément « marché de l’emploi » fut une annonce tellement alléchante qu’elle occultait les références de l’annonceur et du poste ! Imaginez. L’anonymat.

Quel rêve !

Quelle démocratisation dans le recrutement !

C’était une goutte d’eau dans un terrain désert et sec. Une goutte d’eau dans ces circonstances, « ça vaut le détour ! » je me suis dit sur le champ. Je pouvais y croire, après tout « ne serais-je pas devenu un peu défaitiste à force de vivres des expériences négatives ? ».

Une seule information se laissait déceler de la publication et pour laquelle je devais me décider, concernait le domaine de la « cuisine ! » Eh oui ! Des diplômes scientifiques et des compétences en langue française (cerise sur le gâteau pour moi !) allaient servir pour un certain programme pour la gastronomie et ... une formation à l’étranger était en vue pour les candidats choisis !!  Rien que pour cette dernière opportunité j’étais partant ! Tu parles d’une occasion !! 

Une fois le dossier envoyé aux références citées, bien sûr à Casablanca, la capitale économique du royaume, à une boîte postale ; et plus je cherchais à percer le secret de tel avis, plus je devenais confiant. Oublions Internet car nous sommes dans les débuts des années quatre-vingt-dix. Il fau dire que je répondais à toutes les conditions requises d’autant plus qu’aucune expérience dans le domaine culinaire n’était demandée.

D’un coup je suis redevenu.. naïf !!

 Toute spéculation faite, ça laissait fort croire qu’on allait créer des postes pour travailler dans des laboratoires pour de nouvelles formes d’aliments que le gouvernement aurait été en train de planifier, du moins c'est ce que j'en avais déduit, tant l’annonce émanait d’une institution publique. Cet organisme déchiffrée et identifiée une fois reçue une convocation par télégramme (s’il vous plaît ! du jamais vu !) pour un entretien d’embauche à un office appelé OFPPT (Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail, qui existe toujours et qui a le fameux logo avec des losanges enchevêtrés) sis à Casablanca et exactement au quartier Ain Borja. On devait passer une journée entre les épreuves des tests psychotechniques le matin et des entretiens individuels l’après-midi. Pour la petite histoire j’étais si content que je me suis permis un plat de poisson dans une des rue d’Aïn Borja suivi de mon inconditionnel café exprès dans un des cafés pas loin du coin. 

   Résultat : parmi seulement une quarantaine de postulants de tout le Maroc - car tout le monde ne lisait pas toutes les annonces d'emploi dans tous les journaux - on avait choisi une douzaine dont, bien entendu, je ne faisais pas partie!

  Et quand je devais le savoir ? Il fallait attendre un mois d’après les responsables pour recevoir la lettre définitive. Seulement moi, j’avais reçu que dalle ! J’avais relancé plusieurs fois, mais sans suite. 

  Passé deux moi, mon correspondant au téléphone, pris au piège car ne s’y attendait pas apparemment, me laissait entendre, après quelques instants d’attente, qu’ « au fait, ton nom ne figure pas sur la dernière liste de la commission qui s’était réunie en dernier lieu et ... qu’en fait il y avait un peu de retard dans la décision finale...c'est vrai...!!»

    C’était clair !

Il y avait des gens qui devaient se réunir et seulement... pas une seule fois ! Il semblerait qu’« une fois... n’est pas coutume !» dans la culture de la gestion de nos administrations.  

On « renifle » le brûlé !

Spéculons : une  première réunion aurait servi pour présenter les candidats ayant réussi tous les tests, en présence bien entendu de l’expert français qui a dirigé le test technique et qui était l’homme ayant orchestré l’entretien en compagnie d’autres membres dont un psychologue, un chef de projet et des observateurs (comme on en a l’habitude de voir dans de vrais entretiens en Europe pour ne pas dire en France) et qui intervenaient de temps en temps lors des entretiens. Une deuxième réunion, intra office, sans expert et loin des étrangers où on devrait présenter cette fois-ci les préposés de chacun des membres constituant la réunion et où j’imagine on se serait disputé pour établir la liste définitive et où on aurait différé la réunion pour plus tard, le temps de chercher des appuis haut placés et trancher pour ceux ayant "les bras les plus longs". Une troisième réunion où on apprendrait du nouveau, car des personnalités bien placées ou de grosses légumes auraient été mis au parfum et auraient envoyé leurs personnes de choix, tellement ils se trimbalent quotidiennement les poches pleines de cvs, un vivier de candidatures toutes faites et qui sont à l'affût de toute occasion de ce genre pour pouvoir caser leur clients, leurs serviteurs ou des membres de leurs familles, ce qui n’aurait pas facilité le travail de la commission chargée d’élire nos futurs professeurs du nouveau programme d’enseignement de la cuisine à l’OFPPT après une formation boursière (s’il vous plaît!) en France. 

Et enfin, la pauvre commission devait prendre quand même une décision car le temps pressait..

Je ne voudrais pas.. allonger le plaisir et vous dire qu’il y eut et (c’était fort probable !) pas une séance cette fois-ci mais des appels téléphoniques  durant lesquelles quelques membres de ces commissions auraient eu recours à des chantages menaçant d’informer certaines associations ayant le droit de bénéficier d’un pourcentage lors des opérations de recrutement dans les services publics à l’occasion des concours ou autres. Des associations ou groupements méconnus en général car rapprochés du pouvoir qui leur octroie ce droit  par un de ses moyens juridiques (je sais de quoi je parle et qui sait ? il viendrait peut-être le jour où j’en dirai davantage). Des postes vendus en somme, aux postulants qui auraient la chance de tomber sur cet autre méandre de l’emploi au Maroc.

 Toujours est-il que ce jour-là, en début de journée et malgré tout, j’étais beaucoup plus observateur, des lieux, des candidats et des responsables, ayant à mon actif pas mal d’expérience et bien armé pour mener à bien des entretiens de ce genre. Je n’exagérerais pas si je disais que j’étais peut-être un peu en avance par rapport aux techniques d’entretiens d’embauche à l’époque. J’en étais déjà au QE (Quotient Émotionnel) et je m’imaginais déjà répondant à des questions qui n’auraient rien à voir avec la cuisine ou le domaine du travail ! Force était de constater que j’étais très à l’aise maîtrisant ainsi la situation. C’était ainsi que j’ai eu une lueur d’espoir à la vue de l’expert français qui, je suppose, représentait l’institut ou l’établissement chargé de recevoir les futurs stagiaires et qu’il était venu justement superviser les modalités de recrutement sachant comment se passe la chose dans les pays « sous-développés » comme le nôtre. Je fais allusion ici au sous-développement politique et administratif surtout.

 En fin de journée, je me posais des questions le long du trajet sur mon retour dans un car de fortune que j’avais pris, soi-dit en passant, au bord de l’autoroute où il avait l’habitude de s’arrêter pour prendre quelques places. Je me demandais s’il n’aurait pas été prudent de ma part d’attendre, à la sortie de l’établissement, même tard dans la soirée et essayer d’entamer une conversation avec le Français, histoire de lui faire part de mes inquiétudes et de mes déboires « professionnels » avant même d’être recruté. D’avoir un moyen qui couperait une fois pour toute avec mes soupçons envers les responsables malhonnêtes marocains car durant l’entretien le chef du projet ne réussissait pas en me posant des lapins de temps en temps car à chaque fois le Français s’interposait en ma faveur.

       Mon point fort est que justement j’étais à l’aise dans la langue de formation puisque mes diplômes sont français et que par-dessus le marché j’étais un ex boursier de l’État marocain. 

Comment la dernière commission ne m’aurait-elle pas choisi parmi les 30% des quarante candidats alors que tout me donnait gagnant, si ce n’était la tricherie dans la ou les commissions ? 

 Pour mes proches, c’était la douche froide. Ils ont pris la nouvelle avec beaucoup d’amertume ... mais aussi de reproches !

   « C’était une occasion en or !! tu en as raté encore une !! Autant tu te dis avec de l’expérience, autant tu te montres enfin de compte encore et toujours naïf !! T’aurais pu amener un chèque à blanc et attendre non pas le français car lui, il aurait fait son boulot et aurait ramené sa liste mais le Maroc est un État souverain ! Il choisit qui, il veut, c’est son programme !! Tu aurais corrompu le chef de projet ou tout autre personne dont tu vois l’importance !! Quelle connerie ? toute la journée, les dépenses, le voyage, les efforts (sans parler de l’espoir) sont partis encore une fois en fumée !! Quel gâchis !  Désillusionne-toi une fois pour toute !! bon sang !!»

Et je vous fais grâce du refrain populaire « seuls qui disposent d’un sifflet au Maroc, peuvent se prétendre à siffler !! »  (traduction littérale !!)

Le train m'était passé une fois de plus.. sous le nez!

Ainsi.

Baise main, supplication, corruption, chantage, favoritisme, clientélisme, échange de services et j’en passe ; des agissements pratiquées et marchandées au vu et au su de tous et dans tous les domaines d’ailleurs et à tous les niveaux.

Résultat : d’un côté, on exclue les ayants droit légitimes et l’on fait des malheureux ; et de l’autre, si l’on fait des bienheureux, ils perpétreront inévitablement les mêmes habitudes pour se faire rembourser ou seulement pour se venger de leur société.

Et la situation perdurerait tant que le système avec son engrenage infernal se maintiendrait sur place.

Et c’est ainsi que les autres s’adaptent. Ainsi fait tout le monde et c’est ainsi que le mal persiste.


recherche d'emploi

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dimanche 5 juillet 2020

15 - Dans les méandres du " souk " de l'emploi

      Mais à l’époque, dés lors que je sortais de mon cercle restreint et de mon univers, j’étais obligé de faire comme les autres. Accordant plus d’attention à moi chômeur de mon Etat, qui, plus est, diplômé d’une université de l’étranger, alors, le regard de pitié adressé normalement en la circonstance, est démultiplié. Un sentiment de compassion, aussi méprisable qu’il soit, n’est pourtant recherché que chez l’individu qu’on croit sauveur. Un intermédiaire par exemple pour un poste. Un « courtier » de ces spécimens qui connaissent bien les méandres du « souk » de l’emploi et ses intrigues, dans les administrations publiques ou semi-publiques essentiellement, et qui voudrait bien consentir de vous accorder ses faveurs. Lors d’une « transaction » spéciale, ou l’argent, pour une fois ne compte pas, du moins seul car non seulement il faut savoir discuter le prix mais séduire le revendeur. Le rassurer en quelque sorte que vous êtes un simple cherche pain, un pauvre type, un malchanceux qui ne peut être qu’heureux d’avoir trouvé son salut, et que néanmoins sa famille ou des gens bienveillants mettent à sa disposition l’argent nécessaire au cas où l'affaire réussirait. Quitte à ouvrir une brèche dans l’enclos du « souk » et à bien l’entretenir par la suite pour servir d’autres clients désorientés ne sachant où donner de la tête, argent en mains !

  C’est le cas de le dire, mais au cours de mon périple dans ce labyrinthe que la masse du peuple est contrainte d’emprunter pour arriver à ses fins faute d’alternatives non encore établies, et qui ne cesse de s’épanouir surtout en période de crise ; combien de mains j’ai failli baiser (failli ! Dieu m’en a gardé. Je n’ai baisé que les mains de mes parents ou proches ayant l’âge de mes grands-parents, ma culture oblige, alors petit !), combien de pots j’ai payés, combien d’imbéciles j’ai suppliés, combien de responsables dont j’ai cru bien attirer la compassion et la sympathie, combien de situations mesquines je me suis trouvé contraint à supporter face à de gens bien placés ou de grands cadres, combien de fois j'ai fait des aller-retours et les guets devant la porte de grosses légumes,.. et combien de promesses j’ai innocemment avalées,..

   Combien de personnes à qui j’ai donné le plaisir de m’accompagner pour rencontrer une personne influente et qui ne le méritaient pas.

  Combien de « Chaouchs » à qui j’ai menti au sujet de mes visites (même à des entreprises soi-disant privées et qui installent leurs gardiens à même les escaliers) pour pouvoir déposer une demande de travail ou avoir l’occasion de parler à un chef.

   Combien de jeunes gens j’avais surpris et étonnés lors de mes déplacements en trains compartimentés, par ma sincérité et ma franchise parlant de mon chômage ! Nos jeunes sont pris dans un piège sans issu : d’un côté, ils ont mal à reconnaître leur situation de sans emploi ayant honte de justifier leur voyage en train et de l’autre ils souffrent du besoin d’un coup de main salvateur et d’une compassion.

   Combien de réunions où j’ai pris la peine de me déplacer pour assister à des conférences bidon et des programmes de vitrine ou de « poudre dans les yeux » en présence de caméras de télévision et où je me rendais compte de la machination lorsqu'on nous a distribué à la fin des petits papiers avec des questions préalablement vu car marquées ainsi !

Combien, combien et combien.. ?

Et Combien d’« avis d’emploi »  s’avéraient des attrape-nigauds ! 

À ce titre combien d’annonces d’emploi publiées dans les journaux nationaux j’en ai découvert la foutaise et bien plus à maintes reprises.

Car, si ce n’est pour vous surprendre à la fin d’un entretien, pour lequel vous auriez fait un long voyage et passé un temps fou à se stresser dans la salle d’attente de votre tour, en vous annonçant que le poste servait seulement pour l’intérim de quelques mois ; c’est pour découvrir à la fin du « match », après des épreuves qui durent toute une matinée ou une journée entière à subir des tests et passer des entretiens, que c’était bidon et que, comme la loi - dans son écrit - obligeait les recruteurs à embaucher selon un processus transparent, ils trouvaient les moyens de faire souffrir leurs victimes, ceux qui sont convoqués pour faire figure de postulants, les heureux élus étant bel et bien choisis !

(à suivre..)

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samedi 25 janvier 2020

14 - La corruption, ce mal qu'on a institutionnalisé

      Je vivais donc tranquille dans mon univers sans être gêné sauf par ma situation qui perdurait et je comprenais peu à peu ce que signifiait réellement le marché de l’emploi dans mon pays. Un marché à prendre ou à laisser ! Un marché que j’avais pourtant bien pris, contraint par le milieu et la famille bien souvent mais ou les miens avaient beaucoup perdu financièrement et moi, beaucoup gagné empiriquement. En payant de mon âge bien entendu. Jusqu’à ce que je me retrouve incapable de postuler pour n’importe quel job -ici ou ailleurs !- tellement la question de l’âge est de rigueur dans toutes les lois du travail. Eh oui ! Rentabilité économique oblige ! Qu’on le veuille ou non. Sauf dans les pays qui se respectent et où des institutions qui recrutent peuvent avoir recours au CV anonyme comme levier contre les inégalités de chance et d’opportunités.
Avec donc cette nouvelle contrainte de l’âge, le chômage devenait bel et bien une infirmité !
Et voilà qu’en essayant de faire comme les autres je me retrouvais infirme ! 
la corruption: un mal social
Mais l’on entend souvent dire que l’ « on peut toujours vivre même avec une infirmité ». Un prétexte en tout cas que vous lancerait à tort et à travers au cours d’un « débat  social », un corrompu à qui profite le mode de vie établi et qui est, face à des auditeurs plus ou moins intéressés, paraît sûr de ses propos concluants. À moins que ce soit, et je le crains fort bien, une manière de voir implicite mais condamnable de nos décideurs politiques et responsables sociaux. Car depuis le temps que les problèmes apparaissent, se multiplient, se répètent ça et là, se répandent et persistent, le simple citoyen finit par les assimiler et les accepter comme des fatalités, désespéré qu’il est de tout remède ou amélioration. C’est ainsi que la corruption, pour ne citer que cet exemple bien représentatif et relatif, parmi tant d’autres, au fléau du chômage dans mon pays, est devenue monnaie courante à tel point qu’elle est considérée préférablement comme une capacité supplémentaire à résoudre voire des difficultés personnelles de la vie courante du citoyen. Heureusement qu’il existe des voix qui montent au podium et dénoncent. Des voix internes et externes surtout car la pression venant de l’étranger a toujours prévalu en tout cas chez nous, faute de quoi elle serait légitimée si elle ne l’est pas déjà d’une manière ou d’une autre. 

un emploi ou un job en 24h

     La corruption est devenue, par manque de programmes volontaristes de la part des dirigeants visant à lui faire la guerre, un vice dans la société marocaine. Et si on ne la combat pas et qu’on ne banalise pas cette lutte à travers tous les supports à la disposition de l’État tels les médias ou d’autres canaux, c’est qu’on la permet. On l’autorise. C’est indéniable. Pis encore. On encourage sa prolifération et sa pratique.
On dirait que les marocains se sentent désormais à l’aise avec ce mode de vie « corruptionnel ». Ils s’accommoderaient dans ce genre de vie « mercantile ». Dans ce « souk » informel, des tarifs se fixent naturellement comme celles des marchés officiels, ouverts et soumis aux lois de la demande, de l’offre et des paramètres politiques. Ainsi, parlant du « marché de l’emploi », des postes dans les sphères où justement la corruption est de mise, coûtent plus cher. Un emploi dans la gendarmerie, à titre d’exemple,  vaut bien sûr plus qu’un autre dans la police. Le champ du travail du premier est beaucoup plus vaste et à plusieurs niveaux si l’on considère les avantages sociaux qui s’y rattachent comme le loyer, les déplacements et les régions d’affectation. De plus, dans ce secteur, la demande est plus grande et l’offre aussi vue le côté politique « sécuritaire » de l’État même.
Dans le même sens, quelques « baqchiches » donnés à un certain fonctionnaire municipal ou à un « chaouch » pour détourner la queue des autres citoyens venant pour la même besogne, n’égalerait pas « un gros billet » que vous concéderiez à un autre personnage de la chose publique tel un « moqaddem » contre la délivrance d’un « constat écrit à la main par ce pion de l’autorité » vous qualifiant à obtenir un certificat d’habitat ou de logement.
Parler de la corruption au Maroc, on peut y exceller. On pourrait même en philosopher si seulement la circonstance s’y prêtait.

C V

On croit s’en sortir en achetant les autres (nécessiteux de toute façon !), sans nous rendre compte qu’on fait partie du même engrenage.
    La concurrence dans sa pratique bat son plein surtout quand il s’agit de briguer un avantage aussi important et bénéfique que le montant mis en jeu est exagéré. On se vantera : « Ouf ! je vous dis pas, combien  ça m’a coûté de le caser dans ce poste ! mon petit. Imagine ! .. Les yeux de la tête ! Mais tu lui achètes son avenir, sa retraite, un souci de moins, mais quel souci ! .. ça me console ! » dira un père soucieux qui vous gonflera le montant de son « investissement paternel» mais qui ne vous divulguera jamais de tuyaux. Il se le garde pour lui-même, pour de futurs nécessités ou pour ses intimes. Et ça devient compréhensible. On le félicitera et prendra comme exemple. « Un bon père, au moins il a réussi à sauver son fils ! » on jasera.
     Ce fléau, a évoluée en une « perversion » culturelle. Tellement la corruption est devenue un art de faire. Non seulement on doit savoir avec qui traiter, à qui s’adresser, sinon comment le faire sans éveiller les convoitises.
La corruption : un mal banalisé !
Pour l’anecdote, je vous raconte une petite expérience où je me suis acquitté d’une tâche vis-à-vis d’un ami de la famille (en lui donnant seulement un conseil), résident à l’étranger et venant passer, comme il est de coutume chez nos compatriotes expatriés en Europe, ses vacances dans sa villa dans un des quartiers plus « chics » de la petite ville. Comme il s’apprêtait à fêter la circoncision de son fils, il avait pour l’occasion, planté « la khaîma » devant sa villa dans un parc en face. On avait bien entendu tout préparé techniquement y compris l’alimentation en câble électrique depuis chez lui. Le soir venu et comme par hasard, coupure d’électricité dans tout le quartier ! Heureusement que l’incident, on s’en est aperçu plus tôt dans la soirée ce qui aurait laissé le temps de trouver des alternatives pour l’éclairage de la réception. Une première réclamation à l’agence électrique de la ville, ne résout pas le problème sous prétexte que c’était un weekend, qu’il faudrait attendre, que la situation reviendrait normale un peu plutard et qu’il faudrait juste un peu de patience. En réalité, les gens avisés du quartier lui ont conseillé d’aller « voir » directement avec celui qui était astreinte dans le service et… qu’en fait, ça arrivait souvent des incidents pareils en été, à l’époque de la rentrée de nos travailleurs immigrés assoiffés de vivre des moments d’amusement avec leurs familles et amis à la moindre occasion. Le hic, une fois compris le détail, notre monsieur qui vit à l’étranger se voit confronter à « voir avec un fonctionnaire.. »  Un terme qu’il aurait oublié et que lui, il ne saurait comment s’y prendre. Devant sa confusion, il me fallait bien l’accompagner en lui proposant de plier un billet en quatre dans la main avec laquelle il salue le mec en lui avançant « ça va Simohammed, s’il te plaît !! là où il y a la coupure d’électricité, j’ai malheureusement une circoncision et je te dis pas… les préparatifs, imagine les femmes à la lumières des bougies préparer les poulets !... tu sais ! Je t’en prie si tu pourrais un peu accélérer les choses, je t’en serais reconnaissant.. » Et ça marche avec un peu d’humour ou de conversation menant aux « douards » avoisinants et à évoquer les origines en se tapant sur les épaules! Cerise sur le gâteau, la supplication et (le conditionnel ). 
L’acte de corrompre doit être dissout dans la conversation et l’échange. On se crée une sympathisation pour donner plus de confiance à celui qui reçoit. Pour le réconforter dans sa hantise. On ne reconnait pas le fait. Tous ensemble on a beau le perpétrer. Cela devient facultatif. « Normal » !.
    Y’aurait-il mieux que l’adage qu’on fait répandre, sans innocence d’ailleurs et tous azimut, et qui, malgré son côté ironique fait ancrer d’avantage cette maladie dans notre société. Ne racontons pas qu’à une doléance faite au chef suprême qui est à la tête de la pyramide de l'autorité de l’État, réclamant l'éradication de cette pratique, il aurait répondu : « Chiche ! Mais vous seriez prêt à parier combien ? »
     Le catastrophique dans l’affaire et qu’autant tout le monde le sait, autant tous le font.
Enfin la corruption, semble être, en quelque sorte, institutionnalisée et je laisserais les psychologues et anthropologues en disséquer les composantes et analyser les pratiques dans la société marocaine.

Dans le même thème :
                                  la corruption au Maroc : une raison culturelle ?  (Libre Afrique)
                                  La corruption au Maroc reste « endémique » (Le monde Afrique)

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vendredi 17 janvier 2020

13 - Fréquenter "El qah'wa" ou le "Café" dans la culture marocaine

       La culture du « café » est telle que chaque habitué devrait avoir le sien. Être connu pour faire partie des clients d’un café appelé tel ou tel. Ainsi la famille et les amis (et qui sais-je d’autres ?) ont une référence. « Untel ? Il fréquente le café Tel ! » Je dirais même, dans notre culture locale : « dites-moi quel « café » vous fréquentez je vous dis quelles gens vous côtoyez et donc qui vous êtes »
Le « café » s’il est un lieu pour se rencontrer entre amis, pour bavarder, commenter, discuter et même faire des affaires, c’est malheureusement aussi et par la force des choses, un lieu pour tendre les oreilles et écouter, pour jaser, moucharder ou tout simplement par curiosité maladive. 
la disposition des tables dans la terrasse d'un café marocain
Photo : aujourdhui.ma
Et les clients des salons intérieurs sont totalement différents de ceux qui occupent les terrasses. Autant les premiers s’occupent entre eux et s’adonnent à ce qui les intéresse et les préoccupe sans se mêler des affaires des autres, autant les deuxièmes se montrent curieux et indiscrets. Il suffit de voir commet sont disposés en lignes parallèles les chaises et les tables le long de la terrasse de nos « cafés », donnant dos à la façade du bâtiment et regardant en face la rue, pour se faire une idée. 
Sur les esplanades de nos cafés on observe! On guette! On épie! Pas seulement les passants et passantes mais tout y passe. Pas question de s’asseoir autour de la table  fut-ce un groupe d’amis. 
La terrasse n’est pas faite pour ça !
 Les « cafés » ont poussé comme des champignons au Maroc et dans tous les quartiers car cela s’avère un bon investissement pour les uns et une aubaine pour nos jeunes sans travail ou nos étudiants aussi. C’est tout de même une idée ingénieuse qui d’un côté, si elle exploite une proportion pas mal d’habitants qui disposent suffisamment de temps oisif à ne rien produire d’importance matérielle, de l’autre, elle a permis à des milliers de personnes d’en faire un espace de passe-temps, de réflexion, d’échange et de divertissement à bas prix et d’alternative à d’autres types d’attroupements dans les coins des rues où ça sent la drogue et la délinquance sans contrôle.  
Au Maroc, donc le « café » est un espace privilégié. 
Un domicile collectif et secondaire. 
Un coin qui procure à ses clients une certaine renommée, une catégorisation au sein de la société. Vous êtes connu, tous savent qui vous êtes et au chômage, mais vous êtes respectés. Un espace où tous les types se côtoient pourvu que le respect soit mutuel. Les fonctionnaires, les étudiants, les chômeurs, les commerçants et vendeurs ambulants, les artisans et les métiers divers. Sans oublier la part des réunions informelles pour tout type de groupe : associations, partis politiques, et mêmes des services de renseignements et j’en passe.
Emplois dans les navires de croisières

Le « café » reste un lieu d’habitude que vous, chômeur de votre situation, vous vous créez pour avoir l’illusion de faire quelque chose d’important. Pour votre clique d’amis et compagnons, vous l’êtes. Un jour inhabituel parce que vous étiez occupé ou devriez vous décharger d’une tâche, ou passée une journée chargée pour un motif quelconque, et vous vous stressez car vous n’aviez pas eu le temps de faire un saut au « café ».
Le « café » nous conditionne aussi. J’attendais le moment propice de l’arrivée du café posé sur la table par l’ami serveur pour allumer ma cigarette à l’époque où je fumais.
A ce propos et pour l’anecdote, une fois j’ai été présenté à un étranger, français de nationalité et qui, venant de Rabat la capitale, était en visite de travail dans notre petite ville quelques jours car il était en collaboration au Maroc. Il n’a pas caché son choc de voir et d’écouter des gens qui se plaignent de non-travail alors qu’
« ’ils continuent à dépenser de l’argent passant leur temps dans les cafés » dit-il. 
Du reste c’est une remarque habituelle des touristes à qui on explique mal la situation à écouter certains guides ! Commentaire auquel j’avais répliqué par une question : 
« Qu’attendez-vous de quelqu’un dans notre situation ? »
Il aurait préféré semble-t-il, comme ils l’auraient pensé plusieurs idiots de notre société, « qu’ils s’enferment chez eux ?». Le « Café », de ce fait est au Maroc un espace de se défouler faute de s’asphyxier pour les raisons connues et tues, une salle qui met en attente tous les espoirs par contraste. Un lieu où on peut trouver la perle rare : celle qui vous permet de tomber sur un courtier de l’emploi, sur un intermédiaire pour un visa ou sur, le cas le plus heureux, un ex-ami qui vient vous passer le tuyau et vous donner le coup de main dont vous avez besoin.
   Le « café » c’est tout cela à la fois.
boire un café et lire un journal
  Alors, qu’espérer d’un jeune vivant dans une petite ville, et qui plus est, diplômé universitaire, à la recherche d’un travail pas facile à trouver sinon dans une grande ville où le voyage coûterait des centaines de dirhams sans parler des subsistances qui vont avec dans sa démarche ; sinon qu’il aille au « café » : là où les informations s’échangent aussi, là où on peut accéder aux annonces des journaux (quoique fausses par moments, publiées seulement pour la loi ou pour maquiller les embauches frauduleux et des faux concours ou entretiens!).
Au « café » pour qu’il jette sa souffrance et ses déboires.

Dans le même thème : ouvrir un café, une affaire des plus rentables ? 

                                                       (Aujourd'hui)

Emploi dans les bateaux de croisière

samedi 4 janvier 2020

12 - Les alternatives d'un chômeur marocain

       Faire comme les autres je n’y arrivais pas.
       À vrai dire ça ne me réussissait pas, j’avais beau essayé.
     Ou alors que l’on m’ôte mon esprit. Que l’on me formate les idées. Que l’on me forme à nouveau ou que l’on m’accorde une autre vie où je n’irais pas plus loin que le collège, sinon pour faire un chauffeur de petit taxi, circulant sans répit le long de la journée pour pouvoir payer le prix de la location de l’ « agrément », cette autorisation spéciale de rente octroyée par les autorités supérieures à des privilégiés qui ne le méritent pas la plupart des cas et dont l’attribution ne répond à aucun critère administratif ou légal et dont les bénéficiaires ne l’exploitent pas eux même sinon les louent à leur tour à des investisseurs qui monopolisent le marché du transport des petits-taxis; pour être instituteur dans l’enseignement primaire affecté dans un bled perdu ou un village isolée dans une montagne ou un désert, difficile d’accès et sans eau ni électricité et encore moins de logement ; sinon enfin pour vendre des fruits et desserts aux coins des rues sur des chariots tirés à la main à l’image des marchands ambulants ou des « ferrachas » qui vendent par terre des misères : une conséquence flagrante et bien significative du développement des métiers dans mon pays : des pratiques qui servaient en réalité de moyen de vie autrefois pour des gens qui venaient de la campagne ou qui n’avaient jamais été à l’école, sont devenues actuellement des métiers communs puisque les chômeurs s’y sont ajoutés et les diplômés aussi, piégés par un mariage précoce ou contraints de faire nourrir des parents démunis et qui sont tombés à leurs charges.
       Décidément c’est moi qui m’adapte peut-être mal à ma société !
Ferrachas
 2010 https://www.chomeurdemonpays.info
    Ou alors je me complaisais bien dans mon cercle familial compréhensif et dans mon univers personnel ou je m’adaptais le mieux et d’où j’observais le reste du monde. D’où je suivais le court du temps, je réfléchissais, je discutais avec les autres, je méditais aussi mon cas, j’essayais de me comprendre, discerner la situation et comprendre les autres et je continuais à espérer.
Toujours espérer.
Surtout espérer.
Se morfondre dans l’espoir. Jusqu’à ce qu’on me fasse remarquer un jour que j’ai un cheveu blanc sur le temple droit ! Et toc ! jamais je n’avais pensé auparavant que moi, j’aurais des cheveux blancs. Hérédité oblige puisque j’en voyais mon père dépourvu à l’âge qu’il avait. Je me réveille donc et réalise que le temps m’a volé. Que je m’étais volé mon temps moi même car j’étais incapable de raisonner cet espoir effréné.
      Mais bien souvent, il faut le dire, au début de mon calvaire, au temps ou je dégustais l’apéritif et alors que je ne parvenais pas encore à réaliser ce qu’allait être ce temps perdu, alors je me laissais emporter, m’illusionnant que mon tour viendrait un jour et que je parviendrais bien à décrocher un emploi digne de ma formation supérieure ou du moins un poste rémunéré décemment. Alors, à chaque fois que l’occasion se présentait, je picolais avec les copains en plein air sur la colline avoisinante et dominante à la sortie de la ville, les après-midis du dimanche en suivant le reportage des matchs de foot à la radio sur lesquels on aurait parié, et en finissant la soirée dans un des cafés du boulevard populaire pour rentrer, chacun chez soi (chez ses parents je veux dire !) aussi discrètement que des adolescents ayant peur d’être grondés parce qu’ils rentrent tard ou parce qu’ils sentent le vin ou la cigarette. Seulement ce qui se passait un dimanche devait être systématique au fil des jours. Aussi souvent que l’argent de poche le permettait. Et sinon on se contentait d’une table dans un café bien choisi pour passer le temps à lire les journaux et les éventuelles annonces d’emploi ou à jouer aux mots fléchés et parfois aux cartes et au « rami » en attendant des jours qui chantent.
D’ailleurs jouer aux mots fléchés est devenu un hobby bien prisé dans les terrasses des cafés au Maroc, au plus grand bonheur des vendeurs des cigarettes au détail, ces jeunes enfants qui font faire des copies des grilles dans les journaux quotidiens en arabe et en français et les revendent en même temps que les cigarettes pour augmenter leur rentrée d’argent quotidienne. Ces mêmes jeunes, à défaut de « capital » parfois se convertissent en cireurs déambulant entre les terrasses des cafés en toutes saisons. Et ainsi de suite jusqu’à faire du café notre « quartier général », tellement on y est à l’aise, et notre moyen de rencontre et d’ouverture sur le monde, local surtout.
       La « qahwa » dans la culture populaire, chez nous, a pris une autre dimension que celle d’un site pour prendre un café, un thé, un jus ou autre, ou pour se reposer un instant, le temps d’une cigarette ou d’attendre l’ouverture d’une administration par exemple, d’un rendez-vous ou d’un digestif après un bon repas. L’évolution naturelle de la société marocaine a fait du « café » a priori un espace de passe-temps par excellence. Le prix d’un petit café « cassé » , « crème », « nos-nos», « capo », etc. vous donne le droit d’y passer toute une mi-journée, et – n’en parlons pas -  si vous habitez dans le coin car vous pouvez y rester tout le temps, vue la « sympathisation (si je puis écrire !) » avec tout le personnel, les gars du comptoir, les serveurs et mêmes les patrons. Au fait le « café » est devenu même un lieu d’importance socio-culturelle non déclarée, qui, à force de le fréquenter à lui seul, un sociologue ou enquêteur aurait la tâche facile s’il s’attaque à étudier la société marocaine et bien l’illustrer. 
une terrasse de café

Fréquenter d’autres lieux pourrait ne pas être à la portée du pouvoir d’achat des gens. Et vue la structure sociale de la famille marocaine où beaucoup de personnes partagent des petites chambres, les hommes et les garçons cèdent l’espace et le temps à l’intérieur de l’habitation, aux femmes et aux sœurs, en se camouflant dans un espace collectif fait essentiellement d’hommes qui est le « café » du coin. Ainsi est-il facile de les retrouver si on les  cherche pour une besogne. Rares sont ceux qui ne pensent pas passer au « café » en allant au boulot ou en en revenant surtout dans le cas des fonctionnaires, qui profitent même pour y faire un petit saut le temps d’une petite pause. On en profite pour voir la clique de nos copains et ce qu’ils racontent. On s’y informe. On y passe des tuyaux. On rencontre ceux qu’on cherche, des artisans par exemple, qui font du café leur référence professionnelle. Les retraités aussi s’y retrouvent pour jouer aux cartes ou aux dominos et nos chers maîtres enseignants qui constituent à eux seuls un stéréotype bien connu de ceux qui cotisent pour commander une théière pour tous autour de laquelle ils se mettent à plusieurs.

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