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vendredi 17 janvier 2020

13 - Fréquenter "El qah'wa" ou le "Café" dans la culture marocaine

       La culture du « café » est telle que chaque habitué devrait avoir le sien. Être connu pour faire partie des clients d’un café appelé tel ou tel. Ainsi la famille et les amis (et qui sais-je d’autres ?) ont une référence. « Untel ? Il fréquente le café Tel ! » Je dirais même, dans notre culture locale : « dites-moi quel « café » vous fréquentez je vous dis quelles gens vous côtoyez et donc qui vous êtes »
Le « café » s’il est un lieu pour se rencontrer entre amis, pour bavarder, commenter, discuter et même faire des affaires, c’est malheureusement aussi et par la force des choses, un lieu pour tendre les oreilles et écouter, pour jaser, moucharder ou tout simplement par curiosité maladive. 
la disposition des tables dans la terrasse d'un café marocain
Photo : aujourdhui.ma
Et les clients des salons intérieurs sont totalement différents de ceux qui occupent les terrasses. Autant les premiers s’occupent entre eux et s’adonnent à ce qui les intéresse et les préoccupe sans se mêler des affaires des autres, autant les deuxièmes se montrent curieux et indiscrets. Il suffit de voir commet sont disposés en lignes parallèles les chaises et les tables le long de la terrasse de nos « cafés », donnant dos à la façade du bâtiment et regardant en face la rue, pour se faire une idée. 
Sur les esplanades de nos cafés on observe! On guette! On épie! Pas seulement les passants et passantes mais tout y passe. Pas question de s’asseoir autour de la table  fut-ce un groupe d’amis. 
La terrasse n’est pas faite pour ça !
 Les « cafés » ont poussé comme des champignons au Maroc et dans tous les quartiers car cela s’avère un bon investissement pour les uns et une aubaine pour nos jeunes sans travail ou nos étudiants aussi. C’est tout de même une idée ingénieuse qui d’un côté, si elle exploite une proportion pas mal d’habitants qui disposent suffisamment de temps oisif à ne rien produire d’importance matérielle, de l’autre, elle a permis à des milliers de personnes d’en faire un espace de passe-temps, de réflexion, d’échange et de divertissement à bas prix et d’alternative à d’autres types d’attroupements dans les coins des rues où ça sent la drogue et la délinquance sans contrôle.  
Au Maroc, donc le « café » est un espace privilégié. 
Un domicile collectif et secondaire. 
Un coin qui procure à ses clients une certaine renommée, une catégorisation au sein de la société. Vous êtes connu, tous savent qui vous êtes et au chômage, mais vous êtes respectés. Un espace où tous les types se côtoient pourvu que le respect soit mutuel. Les fonctionnaires, les étudiants, les chômeurs, les commerçants et vendeurs ambulants, les artisans et les métiers divers. Sans oublier la part des réunions informelles pour tout type de groupe : associations, partis politiques, et mêmes des services de renseignements et j’en passe.
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Le « café » reste un lieu d’habitude que vous, chômeur de votre situation, vous vous créez pour avoir l’illusion de faire quelque chose d’important. Pour votre clique d’amis et compagnons, vous l’êtes. Un jour inhabituel parce que vous étiez occupé ou devriez vous décharger d’une tâche, ou passée une journée chargée pour un motif quelconque, et vous vous stressez car vous n’aviez pas eu le temps de faire un saut au « café ».
Le « café » nous conditionne aussi. J’attendais le moment propice de l’arrivée du café posé sur la table par l’ami serveur pour allumer ma cigarette à l’époque où je fumais.
A ce propos et pour l’anecdote, une fois j’ai été présenté à un étranger, français de nationalité et qui, venant de Rabat la capitale, était en visite de travail dans notre petite ville quelques jours car il était en collaboration au Maroc. Il n’a pas caché son choc de voir et d’écouter des gens qui se plaignent de non-travail alors qu’
« ’ils continuent à dépenser de l’argent passant leur temps dans les cafés » dit-il. 
Du reste c’est une remarque habituelle des touristes à qui on explique mal la situation à écouter certains guides ! Commentaire auquel j’avais répliqué par une question : 
« Qu’attendez-vous de quelqu’un dans notre situation ? »
Il aurait préféré semble-t-il, comme ils l’auraient pensé plusieurs idiots de notre société, « qu’ils s’enferment chez eux ?». Le « Café », de ce fait est au Maroc un espace de se défouler faute de s’asphyxier pour les raisons connues et tues, une salle qui met en attente tous les espoirs par contraste. Un lieu où on peut trouver la perle rare : celle qui vous permet de tomber sur un courtier de l’emploi, sur un intermédiaire pour un visa ou sur, le cas le plus heureux, un ex-ami qui vient vous passer le tuyau et vous donner le coup de main dont vous avez besoin.
   Le « café » c’est tout cela à la fois.
boire un café et lire un journal
  Alors, qu’espérer d’un jeune vivant dans une petite ville, et qui plus est, diplômé universitaire, à la recherche d’un travail pas facile à trouver sinon dans une grande ville où le voyage coûterait des centaines de dirhams sans parler des subsistances qui vont avec dans sa démarche ; sinon qu’il aille au « café » : là où les informations s’échangent aussi, là où on peut accéder aux annonces des journaux (quoique fausses par moments, publiées seulement pour la loi ou pour maquiller les embauches frauduleux et des faux concours ou entretiens!).
Au « café » pour qu’il jette sa souffrance et ses déboires.

Dans le même thème : ouvrir un café, une affaire des plus rentables ? 

                                                       (Aujourd'hui)

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