Méthode CORAIL pour trouver un emploi

samedi 25 janvier 2020

14 - La corruption, ce mal qu'on a institutionnalisé

      Je vivais donc tranquille dans mon univers sans être gêné sauf par ma situation qui perdurait et je comprenais peu à peu ce que signifiait réellement le marché de l’emploi dans mon pays. Un marché à prendre ou à laisser ! Un marché que j’avais pourtant bien pris, contraint par le milieu et la famille bien souvent mais ou les miens avaient beaucoup perdu financièrement et moi, beaucoup gagné empiriquement. En payant de mon âge bien entendu. Jusqu’à ce que je me retrouve incapable de postuler pour n’importe quel job -ici ou ailleurs !- tellement la question de l’âge est de rigueur dans toutes les lois du travail. Eh oui ! Rentabilité économique oblige ! Qu’on le veuille ou non. Sauf dans les pays qui se respectent et où des institutions qui recrutent peuvent avoir recours au CV anonyme comme levier contre les inégalités de chance et d’opportunités.
Avec donc cette nouvelle contrainte de l’âge, le chômage devenait bel et bien une infirmité !
Et voilà qu’en essayant de faire comme les autres je me retrouvais infirme ! 
la corruption: un mal social
Mais l’on entend souvent dire que l’ « on peut toujours vivre même avec une infirmité ». Un prétexte en tout cas que vous lancerait à tort et à travers au cours d’un « débat  social », un corrompu à qui profite le mode de vie établi et qui est, face à des auditeurs plus ou moins intéressés, paraît sûr de ses propos concluants. À moins que ce soit, et je le crains fort bien, une manière de voir implicite mais condamnable de nos décideurs politiques et responsables sociaux. Car depuis le temps que les problèmes apparaissent, se multiplient, se répètent ça et là, se répandent et persistent, le simple citoyen finit par les assimiler et les accepter comme des fatalités, désespéré qu’il est de tout remède ou amélioration. C’est ainsi que la corruption, pour ne citer que cet exemple bien représentatif et relatif, parmi tant d’autres, au fléau du chômage dans mon pays, est devenue monnaie courante à tel point qu’elle est considérée préférablement comme une capacité supplémentaire à résoudre voire des difficultés personnelles de la vie courante du citoyen. Heureusement qu’il existe des voix qui montent au podium et dénoncent. Des voix internes et externes surtout car la pression venant de l’étranger a toujours prévalu en tout cas chez nous, faute de quoi elle serait légitimée si elle ne l’est pas déjà d’une manière ou d’une autre.
     La corruption est devenue, par manque de programmes volontaristes de la part des dirigeants visant à lui faire la guerre, un vice dans la société marocaine. Et si on ne la combat pas et qu’on ne banalise pas cette lutte à travers tous les supports à la disposition de l’État tels les médias ou d’autres canaux, c’est qu’on la permet. On l’autorise. C’est indéniable. Pis encore. On encourage sa prolifération et sa pratique.
On dirait que les marocains se sentent désormais à l’aise avec ce mode de vie « corruptionnel ». Ils s’accommoderaient dans ce genre de vie « mercantile ». Dans ce « souk » informel, des tarifs se fixent naturellement comme celles des marchés officiels, ouverts et soumis aux lois de la demande, de l’offre et des paramètres politiques. Ainsi, parlant du « marché de l’emploi », des postes dans les sphères où justement la corruption est de mise, coûtent plus cher. Un emploi dans la gendarmerie, à titre d’exemple,  vaut bien sûr plus qu’un autre dans la police. Le champ du travail du premier est beaucoup plus vaste et à plusieurs niveaux si l’on considère les avantages sociaux qui s’y rattachent comme le loyer, les déplacements et les régions d’affectation. De plus, dans ce secteur, la demande est plus grande et l’offre aussi vue le côté politique « sécuritaire » de l’État même.
Dans le même sens, quelques « baqchiches » donnés à un certain fonctionnaire municipal ou à un « chaouch » pour détourner la queue des autres citoyens venant pour la même besogne, n’égalerait pas « un gros billet » que vous concéderiez à un autre personnage de la chose publique tel un « moqaddem » contre la délivrance d’un « constat écrit à la main par ce pion de l’autorité » vous qualifiant à obtenir un certificat d’habitat ou de logement.
Parler de la corruption au Maroc, on peut y exceller. On pourrait même en philosopher si seulement la circonstance s’y prêtait.
On croit s’en sortir en achetant les autres (nécessiteux de toute façon !), sans nous rendre compte qu’on fait partie du même engrenage.
    La concurrence dans sa pratique bat son plein surtout quand il s’agit de briguer un avantage aussi important et bénéfique que le montant mis en jeu est exagéré. On se vantera : « Ouf ! je vous dis pas, combien  ça m’a coûté de le caser dans ce poste ! mon petit. Imagine ! .. Les yeux de la tête ! Mais tu lui achètes son avenir, sa retraite, un souci de moins, mais quel souci ! .. ça me console ! » dira un père soucieux qui vous gonflera le montant de son « investissement paternel» mais qui ne vous divulguera jamais de tuyaux. Il se le garde pour lui-même, pour de futurs nécessités ou pour ses intimes. Et ça devient compréhensible. On le félicitera et prendra comme exemple. « Un bon père, au moins il a réussi à sauver son fils ! » on jasera.
     Ce fléau, a évoluée en une « perversion » culturelle. Tellement la corruption est devenue un art de faire. Non seulement on doit savoir avec qui traiter, à qui s’adresser, sinon comment le faire sans éveiller les convoitises.
La corruption : un mal banalisé !
Pour l’anecdote, je vous raconte une petite expérience où je me suis acquitté d’une tâche vis-à-vis d’un ami de la famille (en lui donnant seulement un conseil), résident à l’étranger et venant passer, comme il est de coutume chez nos compatriotes expatriés en Europe, ses vacances dans sa villa dans un des quartiers plus « chics » de la petite ville. Comme il s’apprêtait à fêter la circoncision de son fils, il avait pour l’occasion, planté « la khaîma » devant sa villa dans un parc en face. On avait bien entendu tout préparé techniquement y compris l’alimentation en câble électrique depuis chez lui. Le soir venu et comme par hasard, coupure d’électricité dans tout le quartier ! Heureusement que l’incident, on s’en est aperçu plus tôt dans la soirée ce qui aurait laissé le temps de trouver des alternatives pour l’éclairage de la réception. Une première réclamation à l’agence électrique de la ville, ne résout pas le problème sous prétexte que c’était un weekend, qu’il faudrait attendre, que la situation reviendrait normale un peu plutard et qu’il faudrait juste un peu de patience. En réalité, les gens avisés du quartier lui ont conseillé d’aller « voir » directement avec celui qui était astreinte dans le service et… qu’en fait, ça arrivait souvent des incidents pareils en été, à l’époque de la rentrée de nos travailleurs immigrés assoiffés de vivre des moments d’amusement avec leurs familles et amis à la moindre occasion. Le hic, une fois compris le détail, notre monsieur qui vit à l’étranger se voit confronter à « voir avec un fonctionnaire.. »  Un terme qu’il aurait oublié et que lui, il ne saurait comment s’y prendre. Devant sa confusion, il me fallait bien l’accompagner en lui proposant de plier un billet en quatre dans la main avec laquelle il salue le mec en lui avançant « ça va Simohammed, s’il te plaît !! là où il y a la coupure d’électricité, j’ai malheureusement une circoncision et je te dis pas… les préparatifs, imagine les femmes à la lumières des bougies préparer les poulets !... tu sais ! Je t’en prie si tu pourrais un peu accélérer les choses, je t’en serais reconnaissant.. » Et ça marche avec un peu d’humour ou de conversation menant aux « douards » avoisinants et à évoquer les origines en se tapant sur les épaules! Cerise sur le gâteau, la supplication et (le conditionnel ). 
L’acte de corrompre doit être dissout dans la conversation et l’échange. On se crée une sympathisation pour donner plus de confiance à celui qui reçoit. Pour le réconforter dans sa hantise. On ne reconnait pas le fait. Tous ensemble on a beau le perpétrer. Cela devient facultatif. « Normal » !.
    Y’aurait-il mieux que l’adage qu’on fait répandre, sans innocence d’ailleurs et tous azimut, et qui, malgré son côté ironique fait ancrer d’avantage cette maladie dans notre société. Ne racontons pas qu’à une doléance faite au chef suprême qui est à la tête de la pyramide de l'autorité de l’État, concernant cette pratique, il aurait répondu : « Chiche ! Mais vous seriez prêt à parier combien ? »
     Le catastrophique dans l’affaire et qu’autant tout le monde le sait, autant tous le font.
Enfin la corruption, semble être, en quelque sorte, institutionnalisée et je laisserais les psychologues et anthropologues en disséquer les composantes et analyser les pratiques dans la société marocaine.

Dans le même thème :
                                     la corruption au Maroc : une raison culturelle ?  (Libre Afrique)
                                     La corruption au Maroc reste « endémique » (Le monde Afrique)

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