samedi 2 janvier 2021

16 - Gare à l’« image de marque » !

    Alors psychologie ou pas, en tout cas je me sentais effectivement doublé pendant plusieurs années par un des « autres » en moi. C’est d’autant plus vrai que je ne me sentais pas bien dans ma peau dans diverses situations. Un « autre » qui avait une emprise inexpliquée sur moi. C’est cet « autre » qui était gêné, en réalité, dés que je sortais de mon fief habituel et peinard ! De mon univers. C’est lui qui m’infligeait et me contraignait à donner une image plutôt ornée de moi, telle que la veut les autres, ou qu’on croit -à tort ou à travers- que la société veut.

       Quand je pense, à l’heure qu’il est, que les semblables de l’espèce que j’étais, qui se comptaient et se comptent toujours par milliers, je ne peux que me lamenter paradoxalement, sur leur sort. Éparpillés ici et là, dans des terrasses de cafés de fortune et aux coins des rues, désœuvrés, inertes, chômeurs de leur société, ils souffrent en douceur. Entre, d’une part, l’expression d’un besoin de compassion et de coup de main salvateur qui leur sortirait de leur marasme et désastreuse réalité et, d’autre part, l’expression d’une apparence telle qu’ils se forcent de donner d’eux même; ils sont piégés! Partagés entre un «moi» réel et un «moi» apparent. C’est malheureux de le dire mais c’est à ce point que les apparences chez nous –dans l’ensemble- priment sur les réalités !

      Mais que l’on se rassure, à l’heure que j’écris et que l’écriture commence à s’adapter à moi, je ne suis plus, finalement, de ces « autres ». Ces faibles qui n’auraient même pas le courage d’avouer, en pleine discussion ou conversation improvisée dans un compartiment de train par exemple, qu’ils n’ont pas d’emploi et qu’ils chôment. Par peur d’être amenés à justifier leur voyage par train et encore en 2ème classe. D’ailleurs ce n’est même pas la peine de le préciser, depuis le temps qu’on a supprimé la classe économique -la 4ème classe comme on l’appelait ! -  alors ! Je ne sais sous quel prétexte d’ailleurs, à moins que l’on ait voulu écarter ce type de clients qui, ne pouvant payer le trajet, fuyaient les contrôleurs des « chemins de fer » en passent carrément par-dessus les wagons et mettaient ainsi leurs vies en danger ! Mais depuis quand s’intéresse-t-on vraiment à la vie des citoyens dans mon pays ? A commencer par les accidents de la circulation routière dont nous sommes devenus, à voir le nombre de victimes chaque année, des champions dans le monde. Et à finir par les corps jetés par la mer de ceux qui tentent de traverser le détroit avec n’importe quel moyen. Ces « harraga » (brûleurs), comme on les nomme péjorativement pour le reste, car accusés de « brûler » en réalité l’image du pays ! Et dont ceux qui restent vivants mais arrêtés par la garde espagnole, revendiquent en criant « buscar la vida ! Buscar la vida ! ». « Buscar la vida » : Chercher sa vie, chercher son pain ! Comme si cette vie n’aurait pas le droit d’exister dans leur pays d’origine ni ce pain d’ailleurs. Mais jusqu’à devenir insouciant de sa vie justement qu’on veut sauver. C’est aussi étrange à comprendre qu’il est devenu de mise chez les jeunes des régions les plus démunies et marginalisés du maroc, et de défit même -on dirait- que d’arriver à l’autre rive, mort ou vif. La rive du « nord », celle qui différencie les riches des pauvres de ce monde.

   Mais force est de constater maintenant, que nos trains, à les voire, sont devenus de marque, car n’est-il pas au fait le but recherché : donner la belle et séduisante image de soi à l’autre ?

     Je ne suis plus de ces « autres ». Ces gens dociles comme un troupeau qui ne regardent que par terre mais qui se surprennent et crient « Oh msakhet ! » quand ils voient des mains levées vers le haut suivant une cadence de voix bien rythmée lors d’une manifestation ou d’un sit-in dans la rue ou devant une institution ou un établissement et dont les membres réclament un droit ou expriment un malaise social. Plus encore, ils sont préoccupés par le « comment des choses » alors que « le pourquoi » est laissé plutôt pour les ... spécialistes ! A l’insu des moutons. Ceux qui notent tout, du plus petit détail jusqu’aux doléances écrite sur les banderoles passant par les slogans clamés, pour justifier un salaire la plupart du temps informel correspondant à une besogne non officielle ou par procuration, l’intéressé chargé de l’affaire ne voulant pas se faire connaître et donc se faire « griller ».

A ces « autres », à qui on a envie, nous qui sommes en plein événement  dans de pareilles situations, de les ménager en leur dirigeant le regard plutôt vers le « haut ! »

-       « lis ce qu’il y a écrit en haut ! Bon sang ! Arrête de me regarder moi, là , surpris de m’y voir parce que tu me destinait à autre chose dont moi j’ai pas idée ! Mais écoute ce que je demande ! »

Histoire de leur faire lever la tête et de là peut-être leur agrandir le champ visuel. Ces « autres » en somme, qui ne vivent que par les autres et ne trouvent ni le moyen ni l’inspiration qui devrait les diriger vers eux-mêmes.

     En pleine marche en un 1er mai en plus, jour supposé de fête et de réclamation pour tout travailleur, travailleuse ou chercheur d’emploi ; alors chômeur de ma mentalité mais militant dans une association de demande de droit au travail appelé « ANDCM » (voir dédicace) , et arrivé à hauteur d’un café bondé comme d’habitudes par une majorité de ces « autres », je m’assoiffe et je demande gentiment au garçon un verre d’eau. Le gentilhomme s’en va en chercher un mais non sans bouder : « ils arrêtent pas de crier.. maintenant ils veulent boire ! ». Après avoir ingurgité ce verre, je lui demande calmement : « Depuis quand tu travailles ici ? .. On se connaît pas c’est vrai je fréquente rarement ce café ! .. Aucun problème avec le patron ? .. Payé à la quinzaine ! Parfait ! T’es affilié à la CNSS (caisse nationale de sécurité sociale) ?", "Oui heureusement" qu’il me répond ! "Ben alors réfléchis et tu me diras la prochaine fois ! Ce n’est pas grâce à des gens qui « crient dans la rue ?! » que t’as « la caisse » ?"

 Le dialogue continue :

-       «  Ils veulent tous avoir un travail décent et bien payé mais alors qui ferait cordonnier, menuisier, éboueur, .. » Fait remarquer notre garçon.

-       « .. voyou, délinquant, voleur et agresseur la nuit tombée !» : ironique, je continue la liste dans le même sens d’idées « ... et qui  n’auront de mise que d’agresser le soir sur le chemin du retour chez eux, des gagne-pain qui se trouvent à leur portée, comme par exemple cireur, vendeur de cigarettes au détail et garçon de café entre autres ! C’est-à dire des gens scrupuleux mais qui n’ont pas eu l’opportunité de faire des études » 

      Un tel esprit cherche à expliquer le malaise vécu en lui donnant des raisons d’être quitte à accepter sa condition de vie, faute d’éducation et d’enseignement et donc de connaissances, trois dilemmes dont souffre notre système éducatif et encore quand il est disponible !  

   Changer une mentalité pareille équivaudrait à « faire griller la tête du mouton » tel qu’on le fait dans la culture locale le jour de sa fête. La « fête du mouton » je veux dire ou l’ «Aid el kebir» comme diraient nos amis francophones. Car, ce jour-là les bonnes femmes, entre autres tâches qu’elles font et dans le but de faire brûler les poils de la tête de la bête une fois égorgée, se consacrent à un travail bien ardent en préparant de la braise, des bûches bien sèches et un soufflet puissant si tel est le but d’arriver à faire calciner les poils de ce bout de chair et d’os. D’ailleurs il se trouve que la tête de l’animal ainsi calcinée donne l’apparence d’un sourire sous l’effet de l’étirement de la peau et la découverte de la denture. Le dicton « Une tête ne sourit que cramée !» n’est-il pas bien de chez nous ?

D’ici là, j’ai peur qu’il nous en faille énormément d’effort, de ressources et de temps pour renverser la situation et changer cette manière de pensée bien ancrée.    

       Ces « autres », malades à l’idée de savoir que les autres les jugent à leur juste et vraie valeur mais non à l’image qu’ils s’efforcent de donner d’eux-mêmes.  

                                                                                             à suivre ...

mardi 17 novembre 2020

15 – Chômage ou autre.. mettre le doigt là où le bât blesse.

  Seulement moi, je ne réussissais pas comme les autres !   

  Était-ce une fatalité ? 

 Ou tout simplement et mystérieusement j’étais disposé plutôt à choisir un autre chemin ?  

  En tout cas, on aurait dit :

  « Une conviction inconsciente d’un refus constant, déguisé et non déclaré de l’individu face à des situations auxquelles il aspire, mais n’y arrive pas car les repousse malgré lui. »

  Comme je l’imagine, des termes qu’utiliserait un psychanalyste chargé  d’enquêter dans les rares cas comme le mien !

Qu’elle soit considérée comme scientifique ou pas, cette vue psychanalytique n’aurait pas tort à première vue. Car en résumé, ce qu’on pense vouloir éviter ou ce dont on désire se débarrasser dans sa vie est très lié (en secret) à une disposition morale qu’on a vis-à-vis de ce qui nous perturbe (en apparence !). Ce qui reviendrait à dire que le fait de considérer la corruption comme un mal de société (jugement moral !) n’aiderait en rien à en user pour arriver à ses fins, au contraire cela crée des conflits internes dont on n’est pas conscient.

Par ailleurs, on adopte par habitude toujours les mêmes manières pour aborder les différentes situations rencontrées dans la vie. On ne se préoccupe des conséquences qu’à partir du moment où il y a malaise, quand un problème surgit. Et généralement c’est un mal de santé si ce n’est de comportement. Car si nous pouvons nous cacher des choses sans les montrer parce que nous tenons les rênes de notre mental et de nos décisions (grâce à notre esprit conscient), notre comportement (ou notre corps physique), lui, ne sait pas le cacher pour longtemps (à cause de notre esprit inconscient). Et pour le dire, notre corps a sa manière de l’exprimer. En envoyant des signaux (troubles physiques par exemple ou maladies) ou par des agissements et réactions inappropriées mais qui correspondent exactement à l’essence de notre être.

  Mais de l’autre côté, ne faut-il pas avouer qu’à force de vivre de mauvaises expériences malgré soi, on finit par intégrer inconsciemment le problème dans notre essence d’être ? De même, les conséquences d’un bon résultat et de la solution tant espérée d’un problème quelconque n’influencera pas indiscutablement notre manière de voir les choses d’un point positif ?  Mais on ne se rend pas compte dans ce dernier cas parce que c’est tellement é-vi-dent !

 Il faudrait donc tenir compte d’autres aspects non psychologiques, extérieurs mais d’influence non négligeable sur notre vie d’une façon directe et/ou indirecte lors d’une étude optimale des causes d’un problème personnel ou social qu’il soit en rapport avec la santé, le comportement, ou la disposition à la réussite et au succès, etc. Résultat d’expériences humaines ou de recherches scientifiques en somme.

Personnellement ma connaissance progressive de ces phénomènes m’a permis de comprendre que, d'un côté, si le comportement de l’Homme est le résultat d’une interaction extraordinairement dosée (selon le degré de la conscience de chacun) entre son patrimoine inné (héritage génétique, subconscient collectif (Jung), etc..), et son savoir acquis (éducation, apprentissage, etc.), alors l’influence extérieure de son environnement proche et lointain, vient le façonner. Et de l'autre, pour simplifier je dirais que l’Homme, par l’utilisation abusive de son esprit rationnel perturbe la circulation harmonieuse de l’énergie universelle dans laquelle il baigne. Pour garder cette harmonie, il devrait rester lucide en cessant de mépriser le côté primitif (irrationnel) de son esprit qui lui, tend toujours à le gouverner.

   Une idée. Une coïncidence. Un " flash ", bref comme l’éclaire, et pourtant, selon la manière que l’on s’interagit avec ce moment, on peut saisir l’occasion ou tout simplement passer à côté ! Qui de nous n’a jamais dit un jour à ses amis :" j’ai raté cette occasion là et je me rends compte maintenant que c’était l’occasion de ma vie ! " Mais nous cherchons à nous consoler, et nous trouvons des excuses en évoquant les circonstances défavorables de ce moment-là. Nous avons tort. Nous ne spéculons que sur ce que nous savons et nous connaissons. Or nous sommes régis aussi dans notre vie par ce que nous ne savons pas : ce que nous ignorons. Si donc nous sommes conscients de tout ceci, alors où est le salut ?

Comment échapper à ces mauvais tours que nous jouent nos supposés malchances, nos histoires ratées et nos vies difficiles ? Si la chance, nous sommes tous " sensés " l’avoir d’une manière équitable et qu’il faut juste être disponible pour la saisir quand elle se présente, alors c’est l’injustice dans la répartition des opportunités qui fait défaut. Force est de constater la mainmise de tout un pouvoir tentaculaire qui manipule la société. Un système de gestion de l’État qui tient les rênes d’un engrenage très rodé en l’occurrence par une composante religieuse bien enracinée dans les esprits et qui pompe sa légitimité dans des considérations historiques et archaïques volontairement ancrés dans la conscience collective. Tous les maux sociaux sont inévitablement liés à d’autres types de problèmes et, en tirant les ficelles on remonterait à la source.

   Il faudrait mettre le doigt là où le bât blesse. Sans tourner autour du pot.

  Et voilà qu’en cherchant à résoudre mon problème de chômeur de ma vie, je découvre que je viens de trouver en fait la solution à tous les problèmes de ma société. L’histoire humaine est pleine d’exemple : Einstein, se rendait bien compte qu’il venait de découvrir la loi universelle de la relativité qui régit tout notre univers alors qu’il pensait au début trouver seulement une simplification ingénieuse pour faire avancer l’équation mathématique restée bloquée jusque-là !

  Reste à préciser enfin que, vaincre un problème qui nous gâche notre vie, veut dire que quelque chose va changer même en bien et en meilleur en nous. Et il serait judicieux de se poser la question suivante : "est ce que nous acceptons un changement dans notre vie ?" C’est évident diriez-vous. Puisque le problème en question aura disparu. Or ce n’est pas aussi évident que cela ! Comment savoir que nous allons accepter ce changement (même s’il est favorable) étant donné que nous vivrons dans de nouvelles conditions tout à fait différentes de celles qui étaient liées au problème ? Pour bien me faire comprendre, une illustration est nécessaire : « Imaginez qu’on vous invite à une soirée mais qui sort un peu de votre vie ordinaire et milieu de vie. Seulement vous voulez y allez, vous êtes motivé, un ami qui s’y connaît dans ce milieu serait là avec vous. Vous savez que vous allez assister à quelque chose qui est nouveau pour vous et vous pensez vous mettre à l’aise comme si vous en aviez déjà l’habitude ! vous vous efforcez d’être comme tout le monde ! Seulement voilà : lorsque vous y êtes, vous constatez étrangement, que quelque chose ne va pas. Vous feignez être comme tout le monde et très à l’aise et pourtant vous vous trahissez : vous tremblez, vous rougissez, ou montrez toute autre manifestation semblable, de peur de se trouver ridicule devant les autres »

Voilà un exemple de changement auquel on n’est pas vraiment préparé. 

D’où le travail colossal et imminent qui nous attend, sur l’inconscient collectif pour accepter déjà le changement dans notre pays. Notre société a subi des matraquages politico-religieux directs et indirects durant des décennies par des idées et concepts le prédisposant à la soumission et à la fatalité de l'acceptation de sa condition à tel point qu'au moment d'écrire ces lignes, le Maroc se trouve sur des  rangs non enviables parmi les pays les moins nantis, non pas au niveau des ressources naturelles ou humaines (au contraire!) mais plutôt au niveau du développement humain au sens le plus large du terme (les statistiques disponibles sur Internet en disent long!)

Et bien sûr, dans le cas où nous nous apercevrions que malgré la nouvelle ère de liberté et de droits auxquels le monde aspire de vivre globalement en ce début du XXIème siècle,  rien ne change pour nous, disons-nous bien que le responsable ce ne peut être que nous ! c’est évident !

lundi 16 novembre 2020

14 - Une expérience évocatrice avec l'OFPPT (les années 90)

  La plus marquante de mes expériences avec les pages de ce qu’on appelle communément « marché de l’emploi » fut une annonce tellement alléchante qu’elle occultait les références de l’annonceur et du poste ! Imaginez. L’anonymat.

Quel rêve !

Quelle démocratisation dans le recrutement !

C’était une goutte d’eau dans un terrain désert et sec. Une goutte d’eau dans ces circonstances, « ça vaut le détour ! » je me suis dit sur le champ. Je pouvais y croire, après tout « ne serais-je pas devenu un peu défaitiste à force de vivres des expériences négatives ? ».

Une seule information se laissait déceler de la publication et pour laquelle je devais me décider, concernait le domaine de la « cuisine ! » Eh oui ! Des diplômes scientifiques et des compétences en langue française (cerise sur le gâteau pour moi !) allaient servir pour un certain programme pour la gastronomie et ... une formation à l’étranger était en vue pour les candidats choisis !!  Rien que pour cette dernière opportunité j’étais partant ! Tu parles d’une occasion !! 

Une fois le dossier envoyé aux références citées, bien sûr à Casablanca, la capitale économique du royaume, à une boîte postale ; et plus je cherchais à percer le secret de tel avis, plus je devenais confiant. Oublions Internet car nous sommes dans les débuts des années quatre-vingt-dix. Il fau dire que je répondais à toutes les conditions requises d’autant plus qu’aucune expérience dans le domaine culinaire n’était demandée.

D’un coup je suis redevenu.. naïf !!

 Toute spéculation faite, ça laissait fort croire qu’on allait créer des postes pour travailler dans des laboratoires pour de nouvelles formes d’aliments que le gouvernement aurait été en train de planifier, du moins c'est ce que j'en avais déduit, tant l’annonce émanait d’une institution publique. Cet organisme déchiffrée et identifiée une fois reçue une convocation par télégramme (s’il vous plaît ! du jamais vu !) pour un entretien d’embauche à un office appelé OFPPT (Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail, qui existe toujours et qui a le fameux logo avec des losanges enchevêtrés) sis à Casablanca et exactement au quartier Ain Borja. On devait passer une journée entre les épreuves des tests psychotechniques le matin et des entretiens individuels l’après-midi. Pour la petite histoire j’étais si content que je me suis permis un plat de poisson dans une des rue d’Aïn Borja suivi de mon inconditionnel café exprès dans un des cafés pas loin du coin. 

   Résultat : parmi seulement une quarantaine de postulants de tout le Maroc - car tout le monde ne lisait pas toutes les annonces d'emploi dans tous les journaux - on avait choisi une douzaine dont, bien entendu, je ne faisais pas partie!

  Et quand je devais le savoir ? Il fallait attendre un mois d’après les responsables pour recevoir la lettre définitive. Seulement moi, j’avais reçu que dalle ! J’avais relancé plusieurs fois, mais sans suite. 

  Passé deux moi, mon correspondant au téléphone, pris au piège car ne s’y attendait pas apparemment, me laissait entendre, après quelques instants d’attente, qu’ « au fait, ton nom ne figure pas sur la dernière liste de la commission qui s’était réunie en dernier lieu et ... qu’en fait il y avait un peu de retard dans la décision finale...c'est vrai...!!»

    C’était clair !

Il y avait des gens qui devaient se réunir et seulement... pas une seule fois ! Il semblerait qu’« une fois... n’est pas coutume !» dans la culture de la gestion de nos administrations.  

On « renifle » le brûlé !

Spéculons : une  première réunion aurait servi pour présenter les candidats ayant réussi tous les tests, en présence bien entendu de l’expert français qui a dirigé le test technique et qui était l’homme ayant orchestré l’entretien en compagnie d’autres membres dont un psychologue, un chef de projet et des observateurs (comme on en a l’habitude de voir dans de vrais entretiens en Europe pour ne pas dire en France) et qui intervenaient de temps en temps lors des entretiens. Une deuxième réunion, intra office, sans expert et loin des étrangers où on devrait présenter cette fois-ci les préposés de chacun des membres constituant la réunion et où j’imagine on se serait disputé pour établir la liste définitive et où on aurait différé la réunion pour plus tard, le temps de chercher des appuis haut placés et trancher pour ceux ayant "les bras les plus longs". Une troisième réunion où on apprendrait du nouveau, car des personnalités bien placées ou de grosses légumes auraient été mis au parfum et auraient envoyé leurs personnes de choix, tellement ils se trimbalent quotidiennement les poches pleines de cvs, un vivier de candidatures toutes faites et qui sont à l'affût de toute occasion de ce genre pour pouvoir caser leur clients, leurs serviteurs ou des membres de leurs familles, ce qui n’aurait pas facilité le travail de la commission chargée d’élire nos futurs professeurs du nouveau programme d’enseignement de la cuisine à l’OFPPT après une formation boursière (s’il vous plaît!) en France. 

Et enfin, la pauvre commission devait prendre quand même une décision car le temps pressait..

Je ne voudrais pas.. allonger le plaisir et vous dire qu’il y eut et (c’était fort probable !) pas une séance cette fois-ci mais des appels téléphoniques  durant lesquelles quelques membres de ces commissions auraient eu recours à des chantages menaçant d’informer certaines associations ayant le droit de bénéficier d’un pourcentage lors des opérations de recrutement dans les services publics à l’occasion des concours ou autres. Des associations ou groupements méconnus en général car rapprochés du pouvoir qui leur octroie ce droit  par un de ses moyens juridiques (je sais de quoi je parle et qui sait ? il viendrait peut-être le jour où j’en dirai davantage). Des postes vendus en somme, aux postulants qui auraient la chance de tomber sur cet autre méandre de l’emploi au Maroc.

 Toujours est-il que ce jour-là, en début de journée et malgré tout, j’étais beaucoup plus observateur, des lieux, des candidats et des responsables, ayant à mon actif pas mal d’expérience et bien armé pour mener à bien des entretiens de ce genre. Je n’exagérerais pas si je disais que j’étais peut-être un peu en avance par rapport aux techniques d’entretiens d’embauche à l’époque. J’en étais déjà au QE (Quotient Émotionnel) et je m’imaginais déjà répondant à des questions qui n’auraient rien à voir avec la cuisine ou le domaine du travail ! Force était de constater que j’étais très à l’aise maîtrisant ainsi la situation. C’était ainsi que j’ai eu une lueur d’espoir à la vue de l’expert français qui, je suppose, représentait l’institut ou l’établissement chargé de recevoir les futurs stagiaires et qu’il était venu justement superviser les modalités de recrutement sachant comment se passe la chose dans les pays « sous-développés » comme le nôtre. Je fais allusion ici au sous-développement politique et administratif surtout.

 En fin de journée, je me posais des questions le long du trajet sur mon retour dans un car de fortune que j’avais pris, soi-dit en passant, au bord de l’autoroute où il avait l’habitude de s’arrêter pour prendre quelques places. Je me demandais s’il n’aurait pas été prudent de ma part d’attendre, à la sortie de l’établissement, même tard dans la soirée et essayer d’entamer une conversation avec le Français, histoire de lui faire part de mes inquiétudes et de mes déboires « professionnels » avant même d’être recruté. D’avoir un moyen qui couperait une fois pour toute avec mes soupçons envers les responsables malhonnêtes marocains car durant l’entretien le chef du projet ne réussissait pas en me posant des lapins de temps en temps car à chaque fois le Français s’interposait en ma faveur.

       Mon point fort est que justement j’étais à l’aise dans la langue de formation puisque mes diplômes sont français et que par-dessus le marché j’étais un ex boursier de l’État marocain. 

Comment la dernière commission ne m’aurait-elle pas choisi parmi les 30% des quarante candidats alors que tout me donnait gagnant, si ce n’était la tricherie dans la ou les commissions ? 

 Pour mes proches, c’était la douche froide. Ils ont pris la nouvelle avec beaucoup d’amertume ... mais aussi de reproches !

   « C’était une occasion en or !! tu en as raté encore une !! Autant tu te dis avec de l’expérience, autant tu te montres enfin de compte encore et toujours naïf !! T’aurais pu amener un chèque à blanc et attendre non pas le français car lui, il aurait fait son boulot et aurait ramené sa liste mais le Maroc est un État souverain ! Il choisit qui, il veut, c’est son programme !! Tu aurais corrompu le chef de projet ou tout autre personne dont tu vois l’importance !! Quelle connerie ? toute la journée, les dépenses, le voyage, les efforts (sans parler de l’espoir) sont partis encore une fois en fumée !! Quel gâchis !  Désillusionne-toi une fois pour toute !! bon sang !!»

Et je vous fais grâce du refrain populaire « seuls qui disposent d’un sifflet au Maroc, peuvent se prétendre à siffler !! »  (traduction littérale !!)

Le train m'était passé une fois de plus.. sous le nez!

Ainsi, baise main, supplication, corruption, chantage, favoritisme, clientélisme, échange de services et j’en passe ; des agissements pratiquées et marchandées au vu et au su de tous et dans tous les domaines d’ailleurs et à tous les niveaux.

Résultat : d’un côté, on exclue les ayants droit légitimes et l’on fait des malheureux ; et de l’autre, si l’on fait des bienheureux, ils perpétreront inévitablement les mêmes habitudes pour se faire rembourser ou seulement pour se venger de leur société.

Et la situation perdurerait tant que le système avec son engrenage infernal se maintiendrait sur place.

Et c’est ainsi que les autres s’adaptent. Ainsi fait tout le monde et c’est ainsi que le mal persiste.


dimanche 5 juillet 2020

13 - Dans les méandres du " souk " de l'emploi

      Mais à l’époque, dés lors que je sortais de mon cercle restreint et de mon univers, j’étais obligé de faire comme les autres. Accordant plus d’attention à moi chômeur de mon Etat, qui, plus est, diplômé d’une université de l’étranger, alors, le regard de pitié adressé normalement en la circonstance, est démultiplié. Un sentiment de compassion, aussi méprisable qu’il soit, n’est pourtant recherché que chez l’individu qu’on croit sauveur. Un intermédiaire par exemple pour un poste. Un « courtier » de ces spécimens qui connaissent bien les méandres du « souk » de l’emploi et ses intrigues, dans les administrations publiques ou semi-publiques essentiellement, et qui voudrait bien consentir de vous accorder ses faveurs. Lors d’une « transaction » spéciale, ou l’argent, pour une fois ne compte pas, du moins seul car non seulement il faut savoir discuter le prix mais séduire le revendeur. Le rassurer en quelque sorte que vous êtes un simple cherche pain, un pauvre type, un malchanceux qui ne peut être qu’heureux d’avoir trouvé son salut, et que néanmoins sa famille ou des gens bienveillants mettent à sa disposition l’argent nécessaire au cas où l'affaire réussirait. Quitte à ouvrir une brèche dans l’enclos du « souk » et à bien l’entretenir par la suite pour servir d’autres clients désorientés ne sachant où donner de la tête, argent en mains !

  C’est le cas de le dire, mais au cours de mon périple dans ce labyrinthe que la masse du peuple est contrainte d’emprunter pour arriver à ses fins faute d’alternatives non encore établies, et qui ne cesse de s’épanouir surtout en période de crise ; combien de mains j’ai failli baiser (failli ! Dieu m’en a gardé. Je n’ai baisé que les mains de mes parents ou proches ayant l’âge de mes grands-parents, ma culture oblige, alors petit !), combien de pots j’ai payés, combien d’imbéciles j’ai suppliés, combien de responsables dont j’ai cru bien attirer la compassion et la sympathie, combien de situations mesquines je me suis trouvé contraint à supporter face à de gens bien placés ou de grands cadres, combien de fois j'ai fait des aller-retours et les guets devant la porte de grosses légumes,.. et combien de promesses j’ai innocemment avalées,..

   Combien de personnes à qui j’ai donné le plaisir de m’accompagner pour rencontrer une personne influente et qui ne le méritaient pas.

  Combien de « Chaouchs » à qui j’ai menti au sujet de mes visites (même à des entreprises soi-disant privées et qui installent leurs gardiens à même les escaliers) pour pouvoir déposer une demande de travail ou avoir l’occasion de parler à un chef.

   Combien de jeunes gens j’avais surpris et étonnés lors de mes déplacements en trains compartimentés, par ma sincérité et ma franchise parlant de mon chômage ! Nos jeunes sont pris dans un piège sans issu : d’un côté, ils ont mal à reconnaître leur situation de sans emploi ayant honte de justifier leur voyage en train et de l’autre ils souffrent du besoin d’un coup de main salvateur et d’une compassion.

   Combien de réunions où j’ai pris la peine de me déplacer pour assister à des conférences bidon et des programmes de vitrine ou de « poudre dans les yeux » en présence de caméras de télévision et où je me rendais compte de la machination lorsqu'on nous a distribué à la fin des petits papiers avec des questions préalablement vu car marquées ainsi !

Combien, combien et combien.. ?

Et Combien d’« avis d’emploi »  s’avéraient des attrape-nigauds ! 

À ce titre combien d’annonces d’emploi publiées dans les journaux nationaux j’en ai découvert la foutaise et bien plus à maintes reprises.

Car, si ce n’est pour vous surprendre à la fin d’un entretien, pour lequel vous auriez fait un long voyage et passé un temps fou à se stresser dans la salle d’attente de votre tour, en vous annonçant que le poste servait seulement pour l’intérim de quelques mois ; c’est pour découvrir à la fin du « match », après des épreuves qui durent toute une matinée ou une journée entière à subir des tests et passer des entretiens, que c’était bidon et que, comme la loi - dans son écrit - obligeait les recruteurs à embaucher selon un processus transparent, ils trouvaient les moyens de faire souffrir leurs victimes, ceux qui sont convoqués pour faire figure de postulants, les heureux élus étant bel et bien choisis !


samedi 25 janvier 2020

12 - La corruption, ce mal qu'on a institutionnalisé

      Je vivais donc tranquille dans mon univers sans être gêné sauf par ma situation qui perdurait et je comprenais peu à peu ce que signifiait réellement le marché de l’emploi dans mon pays. Un marché à prendre ou à laisser ! Un marché que j’avais pourtant bien pris, contraint par le milieu et la famille bien souvent mais ou les miens avaient beaucoup perdu financièrement et moi, beaucoup gagné empiriquement. En payant de mon âge bien entendu. Jusqu’à ce que je me retrouve incapable de postuler pour n’importe quel job - ici ou ailleurs !- tellement la question de l’âge est de rigueur dans toutes les lois du travail. Eh oui ! Rentabilité économique oblige ! Qu’on le veuille ou non. Sauf dans les pays qui se respectent et où des institutions qui recrutent peuvent avoir recours au CV anonyme comme levier contre les inégalités de chance et d’opportunités.

   Avec donc cette nouvelle contrainte de l’âge, le chômage devenait bel et bien une infirmité !
Et voilà qu’en essayant de faire comme les autres je me retrouvais infirme ! 
Mais l’on entend souvent dire que l’ « on peut toujours vivre même avec une infirmité ». Un prétexte en tout cas que vous lancerait à tort et à travers au cours d’un « débat  social », un corrompu à qui profite le mode de vie établi et qui est, face à des auditeurs plus ou moins intéressés, paraît sûr de ses propos concluants. À moins que ce soit, et je le crains fort bien, une manière de voir implicite mais condamnable de nos décideurs politiques et responsables sociaux. Car depuis le temps que les problèmes apparaissent, se multiplient, se répètent ça et là, se répandent et persistent, le simple citoyen finit par les assimiler et les accepter comme des fatalités, désespéré qu’il est de tout remède ou amélioration. C’est ainsi que la corruption, pour ne citer que cet exemple bien représentatif et relatif, parmi tant d’autres, au fléau du chômage dans mon pays, est devenue monnaie courante à tel point qu’elle est considérée préférablement comme une capacité supplémentaire à résoudre voire des difficultés personnelles de la vie courante du citoyen. Heureusement qu’il existe des voix qui montent au podium et dénoncent. Des voix internes et externes surtout car la pression venant de l’étranger a toujours prévalu en tout cas chez nous, faute de quoi elle serait légitimée si elle ne l’est pas déjà d’une manière ou d’une autre. 
     La corruption est devenue, par manque de programmes volontaristes de la part des dirigeants visant à lui faire la guerre, un vice dans la société marocaine. Et si on ne la combat pas et qu’on ne banalise pas cette lutte à travers tous les supports à la disposition de l’État tels les médias ou d’autres canaux, c’est qu’on la permet. On l’autorise. C’est indéniable. Pis encore. On encourage sa prolifération et sa pratique.
On dirait que les marocains se sentent désormais à l’aise avec ce mode de vie « corruptionnel ». Ils s’accommoderaient dans ce genre de vie « mercantile ». Dans ce « souk » informel, des tarifs se fixent naturellement comme celles des marchés officiels, ouverts et soumis aux lois de la demande, de l’offre et des paramètres politiques. Ainsi, parlant du « marché de l’emploi », des postes dans les sphères où justement la corruption est de mise, coûtent plus cher. Un emploi dans la gendarmerie, à titre d’exemple,  vaut bien sûr plus qu’un autre dans la police. Le champ du travail du premier est beaucoup plus vaste et à plusieurs niveaux si l’on considère les avantages sociaux qui s’y rattachent comme le loyer, les déplacements et les régions d’affectation. De plus, dans ce secteur, la demande est plus grande et l’offre aussi vue le côté politique « sécuritaire » de l’État même.
Dans le même sens, quelques « baqchiches » donnés à un certain fonctionnaire municipal ou à un « chaouch » pour détourner la queue des autres citoyens venant pour la même besogne, n’égalerait pas « un gros billet » que vous concéderiez à un autre personnage de la chose publique tel un « moqaddem » contre la délivrance d’un « constat écrit à la main par ce pion de l’autorité » vous qualifiant à obtenir un certificat d’habitat ou de logement.
Parler de la corruption au Maroc, on peut y exceller. On pourrait même en philosopher si seulement la circonstance s’y prêtait.
On croit s’en sortir en achetant les autres (nécessiteux de toute façon !), sans nous rendre compte qu’on fait partie du même engrenage.
    La concurrence dans sa pratique bat son plein surtout quand il s’agit de briguer un avantage aussi important et bénéfique que le montant mis en jeu est exagéré. On se vantera : « Ouf ! je vous dis pas, combien  ça m’a coûté de le caser dans ce poste ! mon petit. Imagine ! .. Les yeux de la tête ! Mais tu lui achètes son avenir, sa retraite, un souci de moins, mais quel souci ! .. ça me console ! » dira un père soucieux qui vous gonflera le montant de son « investissement paternel» mais qui ne vous divulguera jamais de tuyaux. Il se le garde pour lui-même, pour de futurs nécessités ou pour ses intimes. Et ça devient compréhensible. On le félicitera et prendra comme exemple. « Un bon père, au moins il a réussi à sauver son fils ! » on jasera.
     Ce fléau, a évoluée en une « perversion » culturelle. Tellement la corruption est devenue un art de faire. Non seulement on doit savoir avec qui traiter, à qui s’adresser, sinon comment le faire sans éveiller les convoitises.
   Pour l’anecdote, je vous raconte une petite expérience où je me suis acquitté d’une tâche vis-à-vis d’un ami de la famille (en lui donnant seulement un conseil), résident à l’étranger et venant passer, comme il est de coutume chez nos compatriotes expatriés en Europe, ses vacances dans sa villa dans un des quartiers plus « chics » de la petite ville. Comme il s’apprêtait à fêter la circoncision de son fils, il avait pour l’occasion, planté « la khaîma » devant sa villa dans un parc en face. On avait bien entendu tout préparé techniquement y compris l’alimentation en câble électrique depuis chez lui. Le soir venu et comme par hasard, coupure d’électricité dans tout le quartier ! Heureusement que l’incident, on s’en est aperçu plus tôt dans la soirée ce qui aurait laissé le temps de trouver des alternatives pour l’éclairage de la réception. Une première réclamation à l’agence électrique de la ville, ne résout pas le problème sous prétexte que c’était un week-end, qu’il faudrait attendre, que la situation reviendrait normale un peu plutard et qu’il faudrait juste un peu de patience. En réalité, les gens avisés du quartier lui ont conseillé d’aller « voir » directement avec celui qui était astreinte dans le service et… qu’en fait, ça arrivait souvent des incidents pareils en été, à l’époque de la rentrée de nos travailleurs immigrés assoiffés de vivre des moments d’amusement avec leurs familles et amis à la moindre occasion. Le hic, une fois compris le détail, notre monsieur qui vit à l’étranger se voit confronter à « voir avec un fonctionnaire.. »  Un terme qu’il aurait oublié et que lui, il ne saurait comment s’y prendre. Devant sa confusion, il me fallait bien l’accompagner en lui proposant de plier un billet en quatre dans la main avec laquelle il salue le mec en lui avançant « ça va Simohammed, s’il te plaît !! là où il y a la coupure d’électricité, j’ai malheureusement une circoncision et je te dis pas… les préparatifs, imagine les femmes à la lumières des bougies préparer les poulets !... tu sais ! Je t’en prie si tu pourrais un peu accélérer les choses, je t’en serais reconnaissant.. » Et ça marche avec un peu d’humour ou de conversation menant aux « douards » avoisinants et à évoquer les origines en se tapant sur les épaules! Cerise sur le gâteau, la supplication et (le conditionnel ). 
    L’acte de corrompre doit être dissout dans la conversation et l’échange. On se crée une sympathisation pour donner plus de confiance à celui qui reçoit. Pour le réconforter dans sa hantise. On ne reconnaît pas le fait. Tous ensemble on a beau le perpétrer. Cela devient facultatif. « Normal » !.
    Y’aurait-il mieux que l’adage qu’on fait répandre, sans innocence d’ailleurs et tous azimut, et qui, malgré son côté ironique fait ancrer d’avantage cette maladie dans notre société. Ne racontons pas qu’à une doléance faite au chef suprême qui est à la tête de la pyramide de l'autorité de l’État, réclamant l'éradication de cette pratique, il aurait répondu : « Chiche ! Mais vous seriez prêt à parier combien ? »
     Le catastrophique dans l’affaire et qu’autant tout le monde le sait, autant tous le font.
Enfin la corruption, semble être, en quelque sorte, institutionnalisée et je laisserais les psychologues et anthropologues en disséquer les composantes et analyser les pratiques dans la société marocaine.


Dans le même thème :
                                  la corruption au Maroc : une raison culturelle ?  (Libre Afrique)
                                  La corruption au Maroc reste « endémique » (Le monde Afrique)


vendredi 17 janvier 2020

11 - Fréquenter "El qah'wa" ou le "Café" dans la culture marocaine

      La culture du « café » est telle que chaque habitué devrait avoir le sien. Être connu pour faire partie des clients d’un café appelé tel ou tel. Ainsi la famille et les amis (et qui sais-je d’autres ?) ont une référence. « Untel ? Il fréquente le café Tel ! » Je dirais même, dans notre culture locale : « dites-moi quel « café » vous fréquentez je vous dis quelles gens vous côtoyez et donc qui vous êtes »
  Le « café » s’il est un lieu pour se rencontrer entre amis, pour bavarder, commenter, discuter et même faire des affaires, c’est malheureusement aussi et par la force des choses, un lieu pour tendre les oreilles et écouter, pour jaser, moucharder ou tout simplement par curiosité maladive. Et les clients des salons intérieurs sont totalement différents de ceux qui occupent les terrasses. Autant les premiers s’occupent entre eux et s’adonnent à ce qui les intéresse et les préoccupe sans se mêler des affaires des autres, autant les deuxièmes se montrent curieux et indiscrets. Il suffit de voir commet sont disposés en lignes parallèles les chaises et les tables le long de la terrasse de nos « cafés », donnant dos à la façade du bâtiment et regardant en face la rue, pour se faire une idée. Sur les esplanades de nos cafés on observe, on guette, on épie, pas seulement les passants et passantes mais tout y passe. Pas question de s’asseoir autour de la table  fut-ce un groupe d’amis. La terrasse n’est pas faite pour ça !
      Les « cafés » ont poussé comme des champignons au Maroc et dans tous les quartiers car cela s’avère un bon investissement pour les uns et une aubaine pour nos jeunes sans travail ou nos étudiants aussi. C’est tout de même une idée ingénieuse qui d’un côté, si elle exploite une proportion pas mal d’habitants qui disposent suffisamment de temps oisif à ne rien produire d’importance matérielle, de l’autre, elle a permis à des milliers de personnes d’en faire un espace de passe-temps, de réflexion, d’échange et de divertissement à bas prix et d’alternative à d’autres types d’attroupements dans les coins des rues où ça sent la drogue et la délinquance sans contrôle.  
 Le « café » reste un lieu d’habitude que vous, chômeur de votre situation, vous vous créez pour avoir l’illusion de faire quelque chose d’important. Pour votre clique d’amis et compagnons, vous l’êtes. Un jour inhabituel parce que vous étiez occupé ou devriez vous décharger d’une tâche, ou passée une journée chargée pour un motif quelconque, et vous vous stressez car vous n’aviez pas eu le temps de faire un saut au « café ».
    A ce propos et pour l’anecdote, une fois j’ai été présenté à un étranger, français de nationalité et qui, venant de Rabat la capitale, était en visite de travail dans notre petite ville quelques jours car il était en collaboration au Maroc. Il n’a pas caché son choc de voir et d’écouter des gens qui se plaignent de non-travail alors qu’« ’ils continuent à dépenser de l’argent passant leur temps dans les cafés » dit-il. Du reste c’est une remarque habituelle des touristes à qui on explique mal la situation à écouter certains guides ! Commentaire auquel j’avais répliqué par une question : « Qu’attendez-vous de quelqu’un dans notre situation ? » Il aurait préféré semble-t-il, comme ils l’auraient pensé plusieurs idiots de notre société, « qu’ils s’enferment chez eux ?». Le « Café », de ce fait est au Maroc un espace de se défouler faute de s’asphyxier pour les raisons connues et tues, une salle qui met en attente tous les espoirs par contraste. Un lieu où on peut trouver la perle rare : celle qui vous permet de tomber sur un courtier de l’emploi, sur un intermédiaire pour un visa ou sur, le cas le plus heureux, un ex-ami qui vient vous passer le tuyau et vous donner le coup de main dont vous avez besoin.
   Le « café » c’est tout cela à la fois. 
    Alors, qu’espérer d’un jeune vivant dans une petite ville, et qui plus est, diplômé universitaire, à la recherche d’un travail pas facile à trouver sinon dans une grande ville où le voyage coûterait des centaines de dirhams sans parler des subsistances qui vont avec dans sa démarche ; sinon qu’il aille au « café » : là où les informations s’échangent aussi, là où on peut accéder aux annonces des journaux (quoique fausses par moments, publiées seulement pour la loi ou pour maquiller les embauches frauduleux et des faux concours ou entretiens!).

     Au Maroc, donc le « café » est un espace privilégié. Un domicile collectif et secondaire. Un coin qui procure à ses clients une certaine renommée, une catégorisation au sein de la société. Vous êtes connu, tous savent qui vous êtes et au chômage, mais vous êtes respectés. Un espace où tous les types se côtoient pourvu que le respect soit mutuel. Les fonctionnaires, les étudiants, les chômeurs, les commerçants et vendeurs ambulants, les artisans et les métiers divers. Sans oublier la part des réunions informelles pour tout type de groupe : associations, partis politiques, et mêmes des services de renseignements et j’en passe.

    Le « café » nous conditionne aussi. J’attendais le moment propice de l’arrivée du café posé sur la table par l’ami serveur pour allumer ma cigarette à l’époque où je fumais.

   Au « café » pour qu’il jette sa souffrance et ses déboires.

Dans le même thème : ouvrir un café, une affaire des plus rentables ? 


samedi 4 janvier 2020

10 - Les alternatives d'un chômeur marocain

         Faire comme les autres je n’y arrivais pas.
       À vrai dire ça ne me réussissait pas, j’avais beau essayé.
     Ou alors que l’on m’ôte mon esprit. Que l’on me formate les idées. Que l’on me forme à nouveau ou que l’on m’accorde une autre vie où je n’irais pas plus loin que le collège, sinon pour faire un chauffeur de petit taxi, circulant sans répit le long de la journée pour pouvoir payer le prix de la location de l’ « agrément », cette autorisation spéciale de rente octroyée par les autorités supérieures à des privilégiés qui ne le méritent pas la plupart des cas et dont l’attribution ne répond à aucun critère administratif ou légal et dont les bénéficiaires ne l’exploitent pas eux même sinon les louent à leur tour à des investisseurs qui monopolisent le marché du transport des petits-taxis; pour être instituteur dans l’enseignement primaire affecté dans un bled perdu ou un village isolée dans une montagne ou un désert, difficile d’accès et sans eau ni électricité et encore moins de logement ; sinon enfin pour vendre des fruits et desserts aux coins des rues sur des chariots tirés à la main à l’image des marchands ambulants ou des « ferrachas » qui vendent par terre des misères : une conséquence flagrante et bien significative du développement des métiers dans mon pays : des pratiques qui servaient en réalité de moyen de vie autrefois pour des gens qui venaient de la campagne ou qui n’avaient jamais été à l’école, sont devenues actuellement des métiers communs puisque les chômeurs s’y sont ajoutés et les diplômés aussi, piégés par un mariage précoce ou contraints de faire nourrir des parents démunis et qui sont tombés à leurs charges.
       Décidément c’est moi qui m’adapte peut-être mal à ma société !
    Ou alors je me complaisais bien dans mon cercle familial compréhensif et dans mon univers personnel ou je m’adaptais le mieux et d’où j’observais le reste du monde. D’où je suivais le court du temps, je réfléchissais, je discutais avec les autres, je méditais aussi mon cas, j’essayais de me comprendre, discerner la situation et comprendre les autres et je continuais à espérer.
Toujours espérer.
Surtout espérer.
Se morfondre dans l’espoir. Jusqu’à ce qu’on me fasse remarquer un jour que j’ai un cheveu blanc sur le temple droit ! Et toc ! jamais je n’avais pensé auparavant que moi, j’aurais des cheveux blancs. Hérédité oblige puisque j’en voyais mon père dépourvu à l’âge qu’il avait. Je me réveille donc et réalise que le temps m’a volé. Que je m’étais volé mon temps moi même car j’étais incapable de raisonner cet espoir effréné.
      Mais bien souvent, il faut le dire, au début de mon calvaire, au temps ou je dégustais l’apéritif et alors que je ne parvenais pas encore à réaliser ce qu’allait être ce temps perdu, alors je me laissais emporter, m’illusionnant que mon tour viendrait un jour et que je parviendrais bien à décrocher un emploi digne de ma formation supérieure ou du moins un poste rémunéré décemment. Alors, à chaque fois que l’occasion se présentait, je picolais avec les copains en plein air sur la colline avoisinante et dominante à la sortie de la ville, les après-midis du dimanche en suivant le reportage des matchs de foot à la radio sur lesquels on aurait parié, et en finissant la soirée dans un des cafés du boulevard populaire pour rentrer, chacun chez soi (chez ses parents je veux dire !) aussi discrètement que des adolescents ayant peur d’être grondés parce qu’ils rentrent tard ou parce qu’ils sentent le vin ou la cigarette. Seulement ce qui se passait un dimanche devait être systématique au fil des jours. Aussi souvent que l’argent de poche le permettait. Et sinon on se contentait d’une table dans un café bien choisi pour passer le temps à lire les journaux et les éventuelles annonces d’emploi ou à jouer aux mots fléchés et parfois aux cartes et au « rami » en attendant des jours qui chantent.
D’ailleurs jouer aux mots fléchés est devenu un hobby bien prisé dans les terrasses des cafés au Maroc, au plus grand bonheur des vendeurs des cigarettes au détail, ces jeunes enfants qui font faire des copies des grilles dans les journaux quotidiens en arabe et en français et les revendent en même temps que les cigarettes pour augmenter leur rentrée d’argent quotidienne. Ces mêmes jeunes, à défaut de « capital » parfois se convertissent en cireurs déambulant entre les terrasses des cafés en toutes saisons. Et ainsi de suite jusqu’à faire du café notre « quartier général », tellement on y est à l’aise, et notre moyen de rencontre et d’ouverture sur le monde, local surtout.
       La « qahwa » dans la culture populaire, chez nous, a pris une autre dimension que celle d’un site pour prendre un café, un thé, un jus ou autre, ou pour se reposer un instant, le temps d’une cigarette ou d’attendre l’ouverture d’une administration par exemple, d’un rendez-vous ou d’un digestif après un bon repas. L’évolution naturelle de la société marocaine a fait du « café » a priori un espace de passe-temps par excellence. Le prix d’un petit café « cassé » , « crème », « nos-nos», « capo », etc. vous donne le droit d’y passer toute une mi-journée, et – n’en parlons pas -  si vous habitez dans le coin car vous pouvez y rester tout le temps, vue la « sympathisation (si je puis écrire !) » avec tout le personnel, les gars du comptoir, les serveurs et mêmes les patrons. Au fait le « café » est devenu même un lieu d’importance socio-culturelle non déclarée, qui, à force de le fréquenter à lui seul, un sociologue ou enquêteur aurait la tâche facile s’il s’attaque à étudier la société marocaine et bien l’illustrer.  
Fréquenter d’autres lieux pourrait ne pas être à la portée du pouvoir d’achat des gens. Et vue la structure sociale de la famille marocaine où beaucoup de personnes partagent des petites chambres, les hommes et les garçons cèdent l’espace et le temps à l’intérieur de l’habitation, aux femmes et aux sœurs, en se camouflant dans un espace collectif fait essentiellement d’hommes qui est le « café » du coin. Ainsi est-il facile de les retrouver si on les  cherche pour une besogne. Rares sont ceux qui ne pensent pas passer au « café » en allant au boulot ou en en revenant surtout dans le cas des fonctionnaires, qui profitent même pour y faire un petit saut le temps d’une petite pause. On en profite pour voir la clique de nos copains et ce qu’ils racontent. On s’y informe. On y passe des tuyaux. On rencontre ceux qu’on cherche, des artisans par exemple, qui font du café leur référence professionnelle. Les retraités aussi s’y retrouvent pour jouer aux cartes ou aux dominos et nos chers maîtres enseignants qui constituent à eux seuls un stéréotype bien connu de ceux qui cotisent pour commander une théière pour tous autour de laquelle ils se mettent à plusieurs.

mercredi 25 décembre 2019

9- Chômeur dans une société de pensée unique!


      Et voilà que la ferveur des protestations des diplômés chômeurs s’affaiblit et devient modérée. 
      Le temps d’un été.  
    À ce propos, et en parlant des ressortissants marocains à l’étranger - R.M.E. (Résidents Marocains à l’Étranger) comme on les appellent officiellement - il faut signaler que déjà les transactions de leurs affaires commerciales ou touristiques depuis leurs pays de résidences, apporte à la trésorerie de l’État marocain une masse considérable de devises. Pourtant l’on ne rencontrerait pas un parmi eux, qui ne se soit pas plaint d’une vacherie quelconque, notamment au niveau administratif, fief de prédilection j’allais dire pour ces marocains qui viennent régler des litiges relatifs à des projets surtout dans l’immobilier, restés souvent en suspens depuis l’été d’avant et qui se trouvent confrontés aussi et toujours à la même mentalité administrative. D’ailleurs on ne leur accorde même pas le droit de voter à partir de leur pays de résidence, leurs représentants au parlement de leur pays d'origine. « On veut notre argent mais pas notre voix ! » disent les plus érudits de nos R.M.E. Mais très attachés à leur terre d'origine, ils continuent toujours à envoyer l’argent pour les membres de leurs familles restés en détresse au Maroc, faute de moyens légaux ou rusés pour les ramener vivre avec eux, et contribuent ainsi et malgré tout à l’apport de devises au pays où ils ont droit à une action de reconnaissance se limitant à une propagande au début de chaque saison estivale, destinée à les accueillir : « Bienvenus dans votre pays ! »
   Toujours est-il que moi, chômeur de ma situation de demandeur éternel d'emploi sans succès, je ne trouvais jamais goût à partir en vacances.
     Même lorsque ma famille pouvait se permettre de fuir la chaleur torride du mois d’août pour aller généralement vers la côte atlantique et toujours au même coin : «Azilah». Cette petite ville, devenue plus connue grâce à son festival culturel depuis les années soixante-dix et merveilleuse par ses plages et sa casbah, qui nous a marqués depuis très jeunes, car on y passait tranquillement un mois de nos vacances d’été chaque année, ne reste plus à la porté de gens comme nous aujourd’hui, tellement privilégiée par les touristes du monde entier que le logement y devient inaccessible. Ou encore vers les plages de « Moulay Bousselham » ou la majorité des estivants de chez nous passent ce mois-ci surtout pour sa proximité et son caractère très populaire. 
   Pour moi les vacances étaient synonymes de congés. Passés donc des jours de distraction, de divertissement, de jeux, de bronzage idiot et de rafraîchissement aussi, l’on est obligé de revenir au boulot. Sauf que moi, sans boulot, j’étais en congé perpétuel. Et revenir, après des courtes vacances, pour en retrouver des longues, non merci! C'était démotivant. Rien que le fait d’y penser me tracassait. 
     À peine pensé au voyage que mon esprit me rappelait à l’ordre. Me ramenait plutôt à mon inquiétude majeure. À mon problème primordial. Lequel était toujours insoluble et tant que c’était ainsi, on ne serait jamais heureux, on ne passerait jamais ne serait-ce que quelques moments de bonheur, moi et mon esprit, en parfaite harmonisation sans se lasser et sans penser qu’un jour et à la longue on risquait de s’engourdir.
      Mon esprit, ainsi qu’il est dans sa conception. Et moi, ainsi que je suis dans ma réflexion.
     Mais si le chômage m’absorbait tant, la lecture, elle, me laissait réfléchi.        
    C’est aussi extraordinaire que je le réalise maintenant que j’écris. Jamais je ne m’en étais plaint de ne pouvoir -ou vouloir- partir en vacances tellement je me sentais le courage de persévérer en tout temps dans une ambiance inchangée et de résister passivement et calmement à la pression que suscite ma situation somme toute, particulière. Peut-être puisais-je ma force justement dans un monde personnel que je m’étais créé et que j’avais adapté, bon gré mal gré, à mon évolution paisible dans le milieu où je vis.
    Cet ensemble de personnes et de lieux à fréquenter ou à éviter, d’itinéraires à suivre ou à changer car prendre les mêmes chemins risque d'apporter une dose d'ennui supplémentaire, d’habitudes à perpétrer ou à chambouler, de tâches à exécuter ou à ajourner, d’invitations à accepter ou à refuser, d’horaires à respecter ou à modifier, de fêtes à vivre ou à refouler. Fêtes religieuses je m'entends car sont celles où le poids de la tradition et de la famille se fait sentir du fait que cela affecte le moral des parents, frustrés, qui risquent de se sentir coupables de ne pouvoir te voir joyeux comme ils le montrent dans de telles circonstances. Une joie, d'autant plus apparente que si on comptait des filles à l'âge de  se marier et qui sont encore à la maison. Les manifestations nationales n'en parlons pas, cela n'a de toute façon aucune importance hormis la langue de bois écoutée et lue tous azimut dans les médias accompagnée de jours fériés et de repos que cela suscite. 
     En résumé un espace de situations à affronter ou à fuir!. 
   Bref, un univers qui paraît de l’extérieur bien paisible et monotone, mais de l’intérieur, déborde de conflits, de contradictions et  d’interactions de toutes sortes entre ses composantes de nature physiques et morales. Un macrocosme en perpétuelle transformation interne au cours de son évolution dans la dimension espace-temps. À vrai dire un rayon bien limité car si l’on restait toujours en contact avec l’extérieur par le biais des journaux et des informations d’actualité, aussi locales que nationales, circulant de bouche à oreille ; on devait se prémunir des indiscrets et des importuns. De ceux qui, à peine vous connaissent et vous savent sans emploi, vous gênent par leurs regards pleins de pitié si ce n’est par leurs propos désobligeants. Surtout lorsqu’il s’agit d’un « débrouillard » - soi-disant parce qu'il s'en était apparemment bien sorti!- enthousiasmé par un commerce de fortune ou d’un chanceux fonctionnaire casé quelque part dans une administration par un parent, une connaissance ou un élu, dont il aurait donné la parole à la famille de le faire embaucher à la municipalité de la ville par exemple le jour d’une campagne électorale. Un de ceux qui se montre fier de son salaire de misère. 
     De ceux qui vous connaissaient déjà parce qu’ils étaient avec vous au collège ou au lycée et qui veulent savoir aujourd’hui, après tant d’années si vous aviez fait dans la vie mieux qu’eux ou au contraire vous aviez fracassé. De ceux qui veulent se rassurer qu’ils avaient mieux fait de quitter l’école plus tôt, et se vanter d’une mesquine intelligence, sans avoir le courage d’admettre que c’était plutôt leurs moyens intellectuels surtout qui ne leur permettaient de poursuivre les études. 
     De ceux qui se croient arrivés parce qu’ils se sont mariés et ont des gosses mais qui continuent de vivre toujours dépendants de leurs fiefs familiaux, du moins logeant dans les maisons de leurs parents ; et qui, faute d’espace et de tranquillité et fuyant les encombrements du foyer où cohabitent les épouses, les sœurs et frères, les enfants, les parents et les grands-parents le cas échéant; passent la plupart du temps dehors ou dans les cafés. 
    Enfin de ceux qui ne tolèrent pas que l’on ne fasse pas comme eux. 
    C’est donc ainsi que chez nous, on comprend mal que vous soyez différent des autres, que vous pensiez autrement que les autres et que, contraint par les mêmes obstacles et difficultés dans la même situation que les autres, vous devriez vous résigner à accepter de faire n’importe quoi quitte à faire comme les autres. 

dimanche 15 décembre 2019

8 - Le pays voisin dont le contrat de travail valait 10.000 dollars!

   En été donc, le travail routinier de toute l’année, de « recherche d’emploi », se convertit en prospection du terrain dans le but de dénicher l’oiseau rare : un « contrat » de travail en France ou en Espagne. Les parents, confiants en ce type de transaction ou d’engagement, pourraient aller jusqu’à vendre un terrain agricole, ou se débrouilleraient tant bien que mal pour se trouver l’argent nécessaire, à raison d’ailleurs et pas à tort car en réalité cela constitue un vrai investissement ! Un contrat à l’étranger ça sonne fort ne serait-ce que pour faire Berger dans les montagnes de la Corse française !
Pour le petit détail, cet engouement pour les « contrats » en Espagne a fait flamber les prix à tel point que des gens habitant la campagne surtout, avaient payé jusqu’à onze mille dollars. J’en connais des cas ! Et je parle d’avant la crise de 2008 2009 bien entendu. Sans cette récession qui a touché l’Europe et terriblement sentie en Espagne notamment, quel prix auraient atteint ces contrats au moment où je parle ?
     L’Espagne, justement, comment en était-il arrivé là ? Ce pays qui faisait une croissance économique annuelle supérieure en général à la moyenne européenne, avait un PIB inférieur à des pays comme le nôtre avant de joindre l’Union Européenne en 1986 qui l’a soutenue à ses débuts et encouragé. On lui a attribué entre autres, l’organisation de la coupe du monde de 1982. Dans le même contexte, il ne faudrait pas sous-estimer les événements ayant contribué au changement de régime politique. Le dictateur Franco, avant sa mort en 1975 et alors qu’il était malade, pensait faire retourner la monarchie des Bourbons dans ce pays, en nommant Juan Carlos chef de l'État par intérim. Celui-ci, deux jours après la mort du despote, et avec la même intention a été proclamé roi d’Espagne, mais c’était sans compter avec la volonté du peuple qui lui, avait une autre aspiration. Les manifestations et les grèves se multiplièrent à travers le pays, malgré la répression sanglante, et l’on aboutit en fin de compte, à un référendum qui permit d’instaurer le régime d’une Monarchie constitutionnelle. Ainsi, une réforme politique et non des moindres, associée à une conjoncture régionale favorable, en plus de la prise de conscience d’un peuple, ont fait de L’Espagne à partir des années quatre-vingt, une contrée qui n’arrête pas de progresser et de multiplier sa croissance. Donc ne nous y trompons pas si jadis, marocains que nous sommes, nous traversions ce territoire pour nous rendre en France ou ailleurs en Europe, sans lui accorder la moindre importance et que maintenant, nous rêvons de fouler son sol, pour un travail de misère comme pour la cueillette des fraises par exemple : un programme esclavagiste - au féminin - à voir les conditions pour la sélection des prétendantes jeunes femmes à qui il est demandé d’être mariée ou divorcée mais avec un enfant, d’avoir des mains  qui en disent long sur le travail dans les champs et que sais-je ? Sans supposer qu’il y ait d’autres critères non déclarés, cette affaire n’est pas gérée par les autorités espagnoles directement comme c’est le cas de la « Diversity program » qui délivre la « Green Card » pour vivre aux Etats-Unis, où l’on traite directement et seulement avec l’ambassade américaine. Alors, les heureuses ouvrières restent aussi à la merci de l’administration marocaine (ANAPEC ou autre).      
   Ainsi donc, le pays voisin à qui on attribuait une pauvreté, s’est retrouvé après un peu plus d’une décennie avec un PIB des plus forts et un niveau de vie des plus élevés. D’où non seulement le rêve pour y immigrer sinon les dizaines de milliers de dollars payés pour un contrat de travail.
   En rappelant toujours cette saison d’été et les opportunités offertes aux chômeurs, à défaut d’un travailleur immigré qui a appris à faire de ce type de transaction son business (vente de contrats de travail venant de l’étranger) , on reniflerait un autre type d’immigrés qui aurait acquis une certaine notoriété dans le domaine, à tel point que, des courtiers lui préparent le terrain et des futurs candidats chaque fois qu’il fait un tour au pays. S’étant forgé sa renommée pour avoir déjà réussi à « sauver » (c’est le cas de le dire !) des dizaines de pauvres gars restés bloqués au Maroc et qui avaient déjà un parent ou un ami à l’étranger capable de leur offrir un refuge le temps de s’en sortir et d’avoir leurs papiers dans le pays d’accueil. Des types qui n’ont aucun avenir dans leur pays de naissance, et qui sont décidés à s’exiler ayant déjà vu la déprime de ceux qui avaient des diplômes pour avoir passé une bonne partie de leur vie à l’université en vain.


dimanche 8 décembre 2019

7 - En été, une activité qui fait rêver.. et pourtant !

   Des opportunités de voyage et d’évasion surtout l’été, lorsque le pays déborde d’affaires de toutes sortes et notamment touristiques. Une activité qui fait rêver au Maroc, presque dans toutes les contrées, toutes les villes, tous les douars et mêmes les lieux isolés et éloignés, mais que l’on connaît passagère –hélas ! - car soutenue essentiellement par nos concitoyens travailleurs à l’étranger qui viennent revoir leurs familles sur place et passer les vacances au bord des plages, à la montagne ou à la campagne. Et comme pratiquement chaque famille compte au moins un parent résident à l’étranger, alors on en profite pour faire des détours vers des endroits qu’on ne visiterait jamais autrement.
    Le Maroc en saison estival reflète un autre visage. Maints touristes se laissent bernés par une image d’un pays qui semble très actif et animé, tellement cela bouge dans tous les sens. A voir le nombre de voitures en circulation à cette époque de l’année, on se croirait dans un pays industrialisé et où les gens pourraient se permettre de s’offrir ce luxe, à moins que les plaques d’immatriculation étrangères de toute part d’Europe, ne les trahissent.
      Pendant la belle saison donc, on ne parle pas chômage.
      On oublie ?
      Le temps d’une pause ?
      Rien n’est moins sûr. On change tout simplement de langage.
    Ainsi, chercher un travail en été se traduirait par multiplier les contacts pour trouver un moyen de « déguerpir ! ». Quitter le bled pour l’autre rive. Celle du nord, de la richesse, que dis-je ? de la démocratie et de la justice, du moins sociale. Un moyen illégal, je m’entends car tout le monde sait que toute demande de visa est déclinée, les autorités des ambassades sont au parfum des réalités manifestement pitoyables de nos jeunes sans emploi qui trichent désespérément sur les documents. Par ailleurs, il serait tout aussi naïf de croire que les modalités d’octroi des visas par les pays européens à nos demandeurs, sont aussi claires et équitables qu’ils le prétendent. Une sélectivité de choix qui laisse perplexe plus d’un. C’est que dans la majorité des cas, on se voit attribuer un visa, et donc un moyen légal pour entrer en France notamment, quand on vient de la campagne et qu’on a un faible niveau d’instruction. Et inversement, on se le voit refuser pour nos jeunes ayant des diplômes, des jeunes instruits. La politique de ces pays étant souveraine, ils ont le droit d’accepter qui ils veulent sur leurs territoires, n’est-ce pas à nous-mêmes que nous devrions reprocher notre malaise ?
     Pour la petite histoire, je me rappelle très bien une nuit que je devais passer faisant la queue devant l’ambassade de France à Rabat, non pour moi sinon pour mes parents qui avaient envie d’aller voir comment c’était cette terre bénie qui abrite leur fils aîné qui leur avaient envoyé une invitation et les documents nécessaires pour ce faire. Arrivé un jour avant le rendez-vous à la capitale, j’avais pensé simplifier la tâche pour mes vieux qui auraient été incapables de vivre des moments pareils en restant debout toute une nuit. Car le voyage à Rabat s’imposait la veille de la date fatidique, si l’on tient compte de ladite situation connue de tout le monde. Quelle était ma surprise quand j’ai découvert à quelle point on pourrait vivre rien qu’à côté d’« une » démocratie sans y être réellement! Rien qu’à la proximité et vous pouvez monter votre négoce. Des jeunes hommes, plutôt désœuvrées, vivant dans les cités des environs et ayant vu l’engouement des visiteurs qui devaient venir de très loin, ont eu l’idée de se mettre aux premiers rangs dès l’après-midi pour pouvoir vendre par la suite leurs places le matin du jour suivant. Ainsi le commerce allait fleurir à tel point qu’une mafia on dirait s’est emparé du business. Une fois arrivé sur les lieux la veille donc, l’on m’envoya un indic. 
      -       « Les premières dix places sont prises, côté hommes et côté femme ! » que m’avait dit le type, l’air un peu gentil, « .. et si vous voulez réservez, il suffit de voir avec les propriétaires, les gars là-bas ! » avait-il continué dans sa proposition.
   -       « Ok. Sinon je suis à la 11ème position, ça va de soi ! n’est-ce pas ? Alors ne t’en fais pas je passe la nuit ici » avais-je répondu pour tester le retour et en donnant l’air de quelqu’un sur qui on pourrait se tromper, l'ai de quelqu'un qu’on ne connaîtrait pas a priori !
Qui sait ? J'aurais pu être un flic, vue ma manière de répondre et mon supposé défi.
      Une place valait l’équivalent de cinquante euros ! Ils n’étaient pas bêtes, les petits mafieux (sans parler des grands, et je fais allusion à ceux qui sont chargés normalement de l’ordre publique dans des situation du genre, mais qui préfèrent devenir complices !).
Des candidats aux visas, subventionnés par leurs familles d’immigrés qui les accompagnent à la capitale dans le but de gagner du temps et de faire rapidement la besogne, ont de quoi payer, en plus ils gagneraient énormément de temps. Bref, il y avait du pain sur la planche. Mais dans un scénario de détresse et de désespérance et dont le décor manque d’ordre, on se piétine les uns les autres, on se bouscule et on s’insulte. Ainsi je devais être témoin d’une nuit mouvementée de ma vie de « chômeur », « chômeur de ma démocratie », où des « employés de nuits » sortent leurs armes de cris mêlés aux odeurs d’un grisant vin rouge, d’alcool ou que sais-je peut-être les conséquences d’un effet de drogue qui les mettrait hors d’eux afin de pouvoir se libérer des insultes les plus grossières, simulant des rixes et des poursuites, arme blanche à la main, pour faire fuir les pauvres gens qui passaient la nuit en compagnie de leurs familles faisant la queue.
Cette mascarade, pour la France, pays démocratique, qui laisse faire de pareilles manigances aux alentours de son ambassade, allait continuer s’il n’y avait pas eu ces documentaires sur des chaînes de télévision qui montraient la honte de la République, réalisés par leurs propres journalistes.
  Reste à décrire la fin de la scène le lendemain matin, complétement transformée, passé l’heure d’ouverture de l’ambassade et ceux qui devaient entrer le firent. Lorsque les anciennes listes se mettent à jour et lorsqu’on se demande si, les gars qu’on voit à ce moment-là, bien « fringués », sandales, bermuda et tee-shirt dernier cri, sont bien les mêmes qu’on avait vus la soirée d’avant. Leur apparence et comportement plus civilisés cette fois, favorisaient le partage de quelques mots avec eux sans histoire et même, histoire de me faire ingurgiter un peu de mon amour propre perdu la veille ; à un qui n’était pas loin, je lui ai fait savoir qu’ 
-       « Enfin les gars n’avaient pas démérité ! En définitive, ils avaient bien passé la nuit comme nous autres !  .. sans dormir !»
Au fait, la nuit arrivée, ils se mettent dans leur tenu de « travail » tout simplement.
     Viendrait-il un jour, où nous verrons, nous aussi, à côté de nos ambassades à l’étranger, des queues interminables de personnes, hommes femmes, jeunes et moins jeunes, parents et enfants, qui viendraient demander un refuge économique enjolivé par une demande banale de visa, dans notre pays qui, aurait été tellement juste envers ses « citoyens » et qui aurait déjà appris à exercer une réelle démocratie égalitaire car fondée sur des lois respectables et auxquels tout le monde se soumet sans dérogation aucune ?


Travailler dans les navires de croisière

Travailler dans les navires de croisière
40 pages pour savoir et comprendre