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Il était une fois un chômeur dans le "pays des chômeurs" je veux dire des "achômés" ! voilà une expression qui pourrait enrichir la francophonie puisque le mot correspondant du terme « moâttal » en arabe ou en marocain et qui veut dire « mis au chômage » ou « mis en panne » n’existe pas en français en un seul mot. Alors le terme « achômé » peut faire l’affaire en un mot non-composé qui sous-entend au chômage malgré lui ! ».
On l’a rendu chômeur !

Guide des emplois à bord des navires de croisière

Guide des emplois à bord des navires de croisière
les emplois dans les navires de croisière sont variés. Voici un guide pour tout savoir sur comment postuler.

mardi 2 novembre 2021

18 - Quand les apparences nous mènent à transgresser des valeurs intrinsèques et des droits

       En tout cas, lors de mes préoccupations à sauver mon image apparente et donc à perpétrer inconsciemment des modes de pensées et de jugements communs, je tournais en rond. Je ne pensais pas trouver l’issue sauf en moi. C’est ainsi d’ailleurs que je surpassais même en amours mes déboires sentimentaux. En parler et en discuter avec ses amis et confidents, écouter les conseils de l’un et les suggestions de l’autre, mais la solution finale ne vient que de soi. On s’isole, on médite longuement et on recolle les morceaux du puzzle pour forger soi-même l’attitude à prendre face au problème qui est le sien. C’est uniquement dans cette attitude-là que l’on trouve le salut pas à une autre. Dans le même contexte, je me rappelle bien avoir lu quelque part un passage philosophique que j’avais longuement médité  et qui disait :

  « L’homme, devant l’intense transformation dont son milieu est l’objet, doit non pas chercher à régresser au stade antérieur à cette transformation, mais au contraire rechercher la transformation symétrique de lui-même qui lui permettra, dans le couple qu’il forme avec son environnement, de rester le maître de la relation qui s’y produit »

      La philosophie m’a bien servi moi, chômeur de ma condition de vie, autant qu’elle devrait servir, je suppose un politicien bien avisé de sa qualité d’Homme et de gestionnaire de la chose publique. Enfin, je parle de l’acte de philosopher, de porter la réflexion au plus loin de l’épicentre, de l’approfondir ou de l’extrapoler en vu de percevoir des solutions et de trouver des explications apaisantes. D’une perception trop courte trop collée au sujet du dilemme on passe à une vue plutôt aérienne et holistique. De la « philosophie » comme discipline et science, je n’en garde malheureusement que ce que j’avais appris en temps du collège lorsqu’encore à mon époque on pouvait l’étudier bien avant qu’elle soit bannie des programmes dans les années 80 en compagnie de ce qu’on appelait aussi « la pensée islamique ».

      Et pour cause !

      Heureusement donc, que je restais en contact avec la lecture, l’imagination et la réflexion. Et qui sait? Peut-être dirais-je bien un jour la même chose de l’écriture.

      Sauf que moi je me faisais du mal à moi même!

     C’était donc une affaire à régler avec moi-même d’abord. En cherchant tantôt au fin fond de moi jusqu’à me découvrir au passage des qualités bien camouflées, tantôt au delà de moi jusqu’à me découvrir des défauts bien manifestes. Seulement je ne me rappelle pas avoir nui directement à quiconque excepté à moi. Sinon, moralement à ma collectivité en soutenant une fois de plus, des habitudes et des tabous déjà biens consolidés mais fortifiés par notre douce souffrance: notre silence. 

    Mais aussi individuellement que collectivement, voilà que l’on est amené à dire que lorsqu’on se préoccupe de nos apparences extrinsèques, on ne se soucie même pas des valeurs intrinsèques et des droits de soi-même ou des autres qu’on transgresse au passage.

      Aussi loin qu’ira notre zèle en la besogne, aussi grande sera l’affliction.

    Et devant des préoccupations passionnelles, on commet des enfreins, des viols allant jusqu’à l’atrocité et la férocité par fois.

      Je n’exagère pas.

      Collectivement du moins.

     N’est-il pas dans ce même esprit malheureusement et pour donner un exemple, qu’on a construit au Maroc un gigantesque monument, la grande mosquée de Casablanca avec les larmes et le sang ? 

    L’édifice appelé par ailleurs la « Mosquée Hassan II » était présenté comme étant « un complexe religieux et culturel, aménagée sur quelques hectares au bord de mer et qui comporterait des salles de prières et d'ablutions, des bains, une école coranique, une bibliothèque, un musée et une Académie des arts traditionnels ».

      Sous prétexte de vouloir faire rayonner une part de notre civilisation à travers le monde, en érigeant un minaret aussi haut que des cathédrales, des tours ou des statues bien connues dans le monde, on était allé jusqu’à porter atteinte à l’individu marocain dans sa dignité : ce qu’il possédait.

     Comment ?

     Au commencement de ce projet qui a débuté à la fin des années 80 et dont les travaux ont duré plus de sept ans d’ailleurs, d’une souscription symbolique et volontaire d’un dirham par citoyen, qu’on avait annoncée officiellement et vulgarisée par les moyens traditionnels et audio-visuels de l’époque pour faire participer en principe tout le monde à cette épopée nationale et grandiose , on en était en réalité à un engagement non seulement forcé mais qui dépassait de loin des centaines voire des milliers de dirhams. On devait faire payer les familles proportionnellement aux têtes de membres vivants sous le même toit, au type d’activité exercée ou métier ou même à défaut, d’animaux de bétail possédés du moins dans les « douars » et campagnes.

      C’est aussi absurde que cela !

    Et même en dehors de ces considérations de personnes et d’habitants, on devait payer pour son moyen de vie. Sa camionnette, sa moto ou sa voiture dans les villes.  Son tracteur, sa monture ou ses bovins dans les campagnes. Je ferai grâce au lecteur de l’humiliation de milliers d’hommes et de femmes -incapables de payer ou qui s’y refusaient tout simplement- par les manigances plus qu’abusives d’une autorité et de ses représentants, exercées en plein jour, au vu et au su de tous. D’une participation volontaire et libre, on en était en somme à une obligation plutôt féroce. Seuls les heureux étrangers résidents ou de passage qui participaient volontiers, avaient droit à un document : un grand « reçu » dument scellé et signé même par un «caïd» ou un «pacha» -encore cette histoire de l’image?-. Une opération d’envergure sans limite et pour laquelle tous les moyens étaient bons pour ramasser le maximum possible de billets d’argent, mais sans contrôle aucun et sans supervision. C’est toujours le « Makhzen » marocain qui sévit depuis le XVIème siècle.

D’ailleurs, je me demande combien de responsables à l’exécution dudit projet en avaient fait plein les poches, car les barèmes déjà illicitement établis, apparemment, ne pouvaient être vérifiés ni examinés à leur tour. Rien qu’à voir les montants des participations venant de l’étranger et de pays amis, parce que l’affaire prenait bien aussi une tournure étrangère -il le fallait bien n’est-ce pas?- pour renoncer à une collecte intérieure tellement les sommes étaient exorbitantes. Le peuple, comme à l’accoutumé, se trouvant des alibis au système draconien par lequel il est gouverné pour s’expliquer une fois de plus sa fatale soumission et son incapacité, faisait circuler qu’il s’agissait en réalité d’une manigance connue dans les milieux gouvernementaux et les politiques financières, pour résorber une inflation due à un surplus de billets émis par la Trésorerie Générale du gouvernement en période de crise! Sauf que, affrontés manifestement à de nouvelles crises, les responsables auraient été tentés de les récupérer de la sorte, seulement en puisant, non pas dans les comptes des fortunés car sont intenables et minoritaires ceux-ci, mais dans les économies des pauvres gens et qui sont nombreux ceux-là.

      C’est ainsi qu’en voulant donner une image grandiose de nous, on s’est détruit et on s’est déchiré intérieurement.

    Je n’y connais pas grand chose en manœuvres de politique monétaire, mais on faisait circuler dans les milieux populaires des interprétations de ce genre, au plus grand bonheur des suceurs de sangs qui eux, continuaient dans leurs exactions.

     Toutefois, les Marocains adaptés à subir bien des injustices de ce genre, prennent toujours leur mal en patience. Comme la plupart des peuples soumis, incapables de prendre leur destin à bras le corps et ne pouvant dans de pareilles situations que constater les dégâts, ils ironisent. Déjà connus pour leur sens de l’humour et leurs drôles anecdotes, ils se déchaînent en faisant circuler entre eux et à leur manière d’ironiques histoires spécialement conçues en la circonstance. 

      A cette occasion, je ne saurais priver le lecteur d’une de ses courtes anecdotes.

      Question aussi de divertir et de lâcher-prise.

   Car en général, lors de la lecture aussi intéressante que dramatique ou triste, on est si absorbé et concentré qu’on fronce inconsciemment les sourcilles, qu’on devient nerveux et qu’on est indisponible pour n’importe quel autre tâche sauf à finir. Finalement cette écriture à laquelle je devais m’incliner tout au début, c’est elle qui doit s'accoutumer, à ce stade d’écriture, à moi. Elle doit ironiser à ma manière à moi, marocain avant d’être chômeur de mon pays! Quand j’étais encore pris dans le tourbillon en avalant toutes les promesses selon lesquelles on allait considérer le problème des « demandeurs d’emploi» comme une des priorités nationales alors que sur le terrain la réalité demeurait bien inchangée et le «souk» de l’emploi prospérait toujours. « Chercheurs d’emploi » : ainsi qu’on évitait d’appeler –officiellement gêné!- les chômeurs comme conséquence des politiques de leur Etat. Avant que le langage utilisé par des forces vives du pays aussi bien touchées par ce monstre que compatissantes, ne s’impose ; et avant que ces vagues de protestation dans les rues, de mouvements de tout genre ne le banalisent. Or cette écriture doit lâcher-prise aussi, à mon image à moi, lorsque le souci battait son plein, que je ne voyais plus le bout du tunnel et que je m’emportais dans un laisser-aller et me déconcentrais. Car nos traits reflétant bien nos états d’âme et d’esprit, je me gardais fort bien de perdre mon habituel sourire et mon enthousiasme : des caractères –qualités ou défauts? - pourtant bien innés de ma personne.

      Alors à titre de blagues crées de toutes pièces, se rapportant à notre fameuse collecte d’argent pour ladite mascarade, je cite deux des plus connues :

   « Certains commerçants de boissons alcoolisés se croient bien malins et prétendent :

   -  déjà l’alcool est interdit par la religion, alors participer avec  son argent pour une mosquée en plus! Ce n’est pas accepté !

        Mais on leur répondait : -  Rassurez-vous messieurs, votre argent servira non pas pour la mosquée proprement dite mais uniquement pour la construction des égouts ! »

      Une autre rumeur ironisait sur des propos tenus dans le discours annonciateur du roi qui a utilisé un « Hadith» (Ensemble de paroles ou comportements du Prophète Mahomet) selon lequel, tout donneur qui participerait à la construction d’une maison de Dieu irait au paradis :

      A la campagne cette fois-ci, le paysan qui répond au groupe de l’autorité qui fait la collecte , « Moqaddem », « Cheikh », « Caïd » et la compagnie des « Mokhaznia » :

    - « Comme vous voyez, je suis un pauvre « khammas » qui n’a de compagnie que  cet  âne ! »

     -  « Et ben, tu donnes pour la bête ! »

     -  « Ah bon !.. l’âne ira au paradis aussi ? » 

     -  « Tu donnes.. Oui ou merde ! Espèce de bourricot ! »

      On remarque en somme, à travers de pareilles histoires, le caractère ingénieux et plus malin, que nous marocains, accordons bien, en pleine détresse, à la machine infernale qui combine des opérations de ce genre et bien pires, nous avons beau nous prétendre aussi malins dans d’autres cas aussi bien graves.

     Ne serait-ce que pour nous faire savoir à nous-mêmes qu’« on a bien compris quoique qu’on n’agisse pas!».

  Tel est par exemple une anecdote bien significative se rapportant au douloureux problème de l’emploi tel qu’il est enduré :

        « La scène se passe soi-disant à Fez, quand le haut responsable bien connu de tous, les yeux dissimulés derrières des lunettes de soleil, passe devant un type bien tranquille à jouer aux mots fléchés sur une terrasse d’un café. Le type feigne de ne pas le reconnaître et donc ne salut pas. Le monsieur, confronté à cette situation inhabituelle pour lui, car on devrait lui faire allégeance rien qu’à sa vue, est fou furieux ! Alors il ôte ses lunettes et repasse encore une fois devant le type qui ne branche toujours pas. Finalement :   

     -  « dis donc toi ! tu me reconnais pas ou quoi ? »

     -  « ben, non ! Monsieur.. ? »

     -  « t’es d’ici ? »

     -  « ouai !.. » Il se réveille devant cette directivité qui dans de pareilles circonstances devrait paraître surprenante autant qu’elle bafoue l’amour propre et donc il fallait bien rajouter : ... « .. et alors ? »

     -  « que racontes-tu ? » Alors, à cette question, notre héros commence à espérer devant cette grosse légume, qui sait ? peut-être une plaisanterie qui finirait bien pour lui et donc.. autant jouer le jeu.

             -  « ben.. heu je déconnecte un peu ! je me divertis ! Vous savez le travail.. la fatigue.. la routine.. Monsieur ! »

             -  « tu travailles où ? » 

             -  « je travaille… euh » Il ne s’attendait pas à cette combien gênante question ! Allez ! Au premier mot qui passe par la tête « .. au port.. tiens ! »

             -  « Au port ? Mais il n’y a pas de port à Fez à ce que je sache ! Tu n’es pas sérieux à ce que je vois jeune homme ! »

             - Et notre chômeur se reprend au dernier moment et avec un éclair de lucidité réplique : « Et au Maroc, Monsieur y’a-t-il du travail? »  

      Aussi bien dans notre patrimoine culturel orale que dans nos actes de tous les jours, même une ironie aussi déchaînée qu’elle soit et aussi popularisée n’y peut rien devant cette réalité. Sauf, peut-être à la longue, déranger. 

      Comme c’est le cas de «l’artiste du peuple» - alias b’ziz- à qui je ne peux penser sans rendre hommage. Cet humoriste, ironiste chevronné, créatif et ingénieux est parvenu quasiment seul, à sortir des méandres tracés du rire facile et du gag bien consommé et banal. Ce comique  qu’on interdit depuis des années, à se traduire à la télévision après qu’on lui a déjà rendu la vie difficile au cours de ses tournées et soirées finies des fois sous la lumière des bougies, après des coupures d’électricité comme par hasard!. Ce personnage qui s’était bien risqué (et qui continue d’ailleurs à le faire dans toutes les circonstances jusqu’à maintenant) à même de soutenir un jour une manifestation de diplômés chômeurs de l'A.N.D.C.M.( l'Association Nationale des Diplômés au Chômage au Maroc) en plein cœur de la capitale du pays sans en sortir indemne. 

      Mais enfin, humour contre méchanceté, plaisanterie contre ruse, ou plus exactement candeur contre malice, ainsi que nous nous comportons inégalement de part et d’autre de la barrière sociale celle de la lutte des classes face à cette réalité pourtant combien amère ! Les uns utilisent tous les moyens dont le pouvoir leur permet de disposer pour mener à bien leur tâche : programmer, financer et mobiliser pour leurs œuvres ; et les autres, à défaut de conscience, y vont avec des moyens inappropriés ou à minima.


                                                     

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