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les emplois dans les navires de croisière sont variés. Voici un guide pour tout savoir sur comment postuler.

Avant de lire ....

Il était une fois un chômeur dans le "pays des chômeurs" je veux dire des "achômés" ! voilà une expression qui pourrait enrichir la francophonie puisque le mot correspondant du terme « moâttal » en arabe ou en marocain et qui veut dire « mis au chômage » ou « mis en panne » n’existe pas en français en un seul mot. Alors le terme « achômé » peut faire l’affaire en un mot non-composé qui sous-entend au chômage malgré lui ! ».
On l’a rendu chômeur !

Pour lire le récit, commencez par l'article N° 1 - Écrire pour l'Histoire

vendredi 22 janvier 2021

17 - On se guette les uns les autres et on "berguegue" !

      Et à propos de l’image de marque, personnellement, je m’en rends bien compte maintenant que je me revois à l’époque ou je n’osais même pas demander un café en crédit au serveur ou au gérant du café même où j’étais un client fidèle qui ne pouvait s’absenter que pour une force majeure. Un consommateur bien présent deux fois par jour, la matinée, un café très serré servi dans un ver pour bien voir la couleur et la petite mousse marron dessus, et l’après-midi, un thé. Lorsque je manquais d’argent de poche et encore dans mon « quartier général » même, mon lieu de séjour habituel. Ce n’était pas de mon genre, moi type bien intègre, qui a apparemment tout ce qu’il faut et qui consomme à chaque fois qu’il se manifeste. Comment me permettrais-je une gaffe pareille?  Alors, impossible de m’installer au café pour éviter tout désagrément, je n’arrêtais pas de me trimbaler dans les rues de la petite ville qu’est la mienne, poches vides mais déclinant toute invitation d’éventuelles rencontres amicales ou familiales en prétextant une occupation majeure et en feignant un dynamisme de zélés.

     Par ailleurs il fallait bien compenser le temps passé habituellement dehors et pouvoir rentrer chez moi comme à l’accoutumé, à l'heure habituelle. Une défaillance à ce train-train de ma part risquait d’éveiller les soupçons des badauds. Un grain de sable dans cet engrenage bien rodé et silencieux pouvait déstabiliser mon rythme tranquille et engendrer beaucoup de bruit. Car chez nous on se guette les uns les autres. Cela fait partie de notre culture. Un simple touriste de passage vous le ferait remarquer :

Rien qu’à voir la manière de la disposition des chaises et tables dans les plates-formes longeant les cafés pour comprendre que les clients ne sont pas disposés à s’installer tout autour des tables, mais plutôt en des rangées parallèles, donnant face à l’avenue, pour voir ce qui s’y passe, épier, surveiller et bien observer pour ne pas commettre l’erreur sur les personnes ou les choses, question d’être sûr de ses racontars. C’est à peine si on discernait un prix pour les meilleurs connaisseurs, ceux qui sont au courant de tout ce qui se passe dans le quartier.

 Aujourd'hui le Maroc
     A ce titre, on s'adonne à des concurrences farouches entre les spécialistes: les "bergagas". Ceux qui ne laissent passer ni une miette de ce que vous aurez mangé chez vous pendant le repas du midi par exemple! Pas seulement, ils sont fiers de l'être et pour cause! Ils sont motivés par la conquête d'un poste autoritaire qui constitue la plus basse échelle dans la hiérarchie de l'"Autorité" qui sévit encore au Maroc. Poste de "Moqaddem",

hérité de l'époque colonial où les collaborateurs informaient les colonisateurs et les gouverneurs sur les moindres détails du peuple pour le tenir d'une main de fer. Ce "Commissaire de quartier" comme on l'appelle d'une manière transparente dans les pays démocratiques comme la Belgique, dont la fonction est de vous visiter ou de demander à des voisins légalement pour s'assurer des informations déclarés par les citoyens à l'administration, lui correspondrait chez nous ce "Moqaddem" dont, la  tâche est de glaner des renseignements d'une manière informelle sur vous, par anticipation, avant que vous n'ayez même à déclarer ou à demander quoi que ce soit à l'administration, mais, au cas où vous auriez besoin d'un "certificat de résidence" par exemple. Tous les détails passent par lui, et sans qu'il ait un bureau bien défini dans les locaux de la mairie ou la commune, il tient toujours un crayon à la main pour gribouiller sur un papier avec sa signature une vérité sur votre requête que même le "Caïd", son chef direct, cet homme supposé culte, qui aurait étudié et qui se serait formé dans les administrations de l'État, à la gestion des affaires des citoyens et à la chose publique, ne peut réfuter, modifier, ou même adapter aux circonstances de la situation.  Quel contraste! Un "bergague", cette "Oreille" efficace et cet "Oeil", qui ne dort jamais, payé à l'enveloppe (à moins que l'on ait régularisé sa situation ces dernies temps!) et considéré minablement par l'Ordre, se voit détenir l'information qui peut tordre le bras aux supérieurs, quitte à briquer à son tour la fonction de "Chekh" chef des "Moqaddems". 

     Ainsi, en ces temps de chômage qui s'installe d'une manière persistante, une opportunité s'offre aux  incultes et à la racaille de la société, pour occuper un emploi, et qui, plus est, dans les sphères de l'"Autorité" 

   « Tu n’égalerais pas unetelle, qui, à peine écoute le nom d’une famille, est capable de te dire si à cette adresse on a reçu des invités le jour même ! » : on ironisera ainsi sur des ragots entre des jaseurs. 

    Il y en a même qui vous prennent vos heures de passage à côté, et qui ont le culot de vous le faire remarquer, indirectement soit-il, quand ils en ont l’occasion. « On dirait un chat ! Quand il passe le matin, règle ta montre, mets-toi à l’heure ! c’est vrai quoi! .. puisque je te le dis !» dira-t-on.

« Je le connais pas vraiment, j’aimerais tant le voir, le dévisager, je vous le jure, c’est le fils de mes voisins, on se connais nous ! mais lui.. ! j’en entend parler mais je n’arrive pas à l’imaginer ! ..Je suis honteuse !» Ainsi m’a surpris, une vielle dame de la maison voisine, une fois que je l’ai croisée chez nous, en présence de ma grande tante paternelle qui était de visite chez nous ce jour-là et qui lui demandait de « prier sur notre prophète en le voyant ! ». Comme je n’étais pas de ceux qui font des réunions au coin de la rue sur leur chemin, en sortant ou en rentrant chez eux, mais qui se contente seulement d’un « salut » ou un signe de tête de loin, culture oblige, je fais perdre les références à tous les curieux qui, quand ils entendent parler de moi, se sentent gênés à l’idée de ne pas me reconnaître physiquement. Tout le monde devrait connaître tout le monde du moins de vue si ce n’est personnellement.

 « Chômeur de luxe!», ainsi que j’étais présenté, un de ces semblables jours, par un professeur de français, un ex-voisin qui pensait bien faire –il faut le dire - à ses camarades, sans qu’il se rende compte que je n’avais pas le moindre centime sur moi aussi bien fringué que je paraissais, mais en faisant bien allusion à mon niveau d’étude. 

     « Diplôme de maîtrise –qu’il disait!- vous comprenez?

 Un diplôme d’université française, et qui chôme ! 

   Vous vous rendez compte? Un Chômeur de luxe ! »

Et moi, gêné, je ne savais comment le prendre et ne pensais qu’à déguerpir, le plus tôt possible car décidément on allait me montrer du doigt à chaque fois que je passerais par là et à chaque fois que je ferais mes balades dans les « passellos » de la grande avenue. Tellement la nouvelle se répand dans tout sens comme un gaz et tellement les terrasses des «cafés» se jouxtent à la manière d’une ville touristique mais à laquelle manquent les palmiers et la plage.

      Face à mon sort dans de pareilles situations et par peur d’être blessé dans mon amour propre par les interrogateurs et les fouinards, je me blessais moi même sans m’en rendre compte. Combien de fois je me suis privé de sortir et donc -qui sait ?- raté une occasion quelque part. Des fois je me repliais sur moi même en me posant d’interminables questions comme si j’étais envoûté par je ne sais quel démon jusqu’à imaginer que je ne m’en sortirais guère. Moi, qui ai eu toujours un moral de fer, je frôlais le découragement total parfois. Surtout en période de crise matérielle familiale, car en somme, mon bien être et mon moral de toujours je le devais à la condition de vie des miens. Ce sont eux qui m’ont épaulé depuis les premiers jours que j’ai réalisé que j’étais bel et bien tombé dans la gueule du loup, et que, subitement, la chance qu’on m’accordait avoir auparavant alors que j’étais étudiant et que je réussissais tant bien que mal, s’était évaporée. Comme si c’était des efforts consentis mais à crédit. « La chance est comme une baguette de pain, plus on en mange, moins il nous reste ! » : ainsi que je me disais en lançant tous azimut, à tort d’ailleurs mais pour me résigner à ce qui allait être ma situation dorénavant et pour digérer à l’avance ce qui devait arriver par la suite prévu comme pire. 

      En somme, en plus des obstacles naturels qui rendent difficile une recherche d’emploi, on se préparait déjà à l’échec ! Voilà que notre psychologie en prenait des coups aussi successifs au fil du temps et d’opportunités malencontreuses, qu’inconscients. L’on ne se rendait même pas compte tant que c’était son image qu’il fallait sauver, dés lors qu’on rejoignait la masse des gens en formulant des jugements tout faits  et tout préparés vis-à-vis de problèmes de société bien ancrés.

                                                           


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